L’Orchestre philharmonique de Berlin, ce n’est pas seulement une formidable collectivité. Ce sont aussi des individus qui mènent des carrières de soliste en marge des concerts symphoniques. On songe au flûtiste Emmanuel Pahud, au hautboïste Albrecht Mayer ou au jeune clarinettiste Andreas Ottensamer. Et puis il y a le Scharoun Ensemble, formation de huit musiciens issus des «Berliner» qui se consacre à la musique de chambre au plus haut niveau.

Fondé en 1983, cet ensemble a déjà une belle histoire derrière lui. Son nom rend hommage à l’architecte visionnaire Hans Scharoun, qui a conçu la mythique Philharmonie de Berlin au début des années 60. Le contrebassiste Peter Riegelbauer et le corniste Stefan de Leval Jezierski font partie des membres fondateurs. Le violoniste neuchâtelois Christophe Horak, 39 ans, est entré dans le Scharoun Ensemble il y a près de trois ans. En concert ce dimanche à la Salle de musique de La Chaux-de-Fonds, les huit musiciens joueront leur pièce maîtresse, l’Octuor de Schubert, couplé au Trio à cordes de Schubert et à l’Octuor de Jörg Widmann.

Etudes à l’Académie Karajan

«Je suis chef d’attaque des seconds violons aux Berliner Philharmoniker», explique Christophe Horak. On imagine la responsabilité quand on est pareillement exposé parmi les musiciens les plus cotés de la planète. «Chaque membre de l’orchestre ne joue pas tous les programmes toute l’année. On a des plages de congé qui nous permettent de mener d’autres activités. Moi-même, je suis membre du Scharoun Ensemble, du Berlin Piano Quartet et de l’Ensemble Nimrod, qui est en pleine construction. Et puis je me rends chaque été à Zermatt avec mes collègues pour le festival et l’académie.» Soit un planning serré!

Né à Neuchâtel, Christophe Horak a été bercé par la musique. Ce sont ses parents d’origine tchèque (un père ophtalmologue, une mère infirmière) qui lui ont mis un violon entre les mains à l’âge de 4 ans. Il a fait ses études dans sa ville natale, à Fribourg avec Patrick Genet, à Bâle puis à la Guildhall School of Music de Londres dans la classe d’Yfrah Neaman, d’où il est sorti avec un premier prix. A l’âge de 18 ans, déjà, il quittait la Suisse pour se perfectionner à Londres et Berlin. Il garde une vive impression du Concerto de Glazounov joué vers l’âge de vingt ans avec l’orchestre du gymnase dans la Salle de musique de La Chaux-de-Fonds. D’où l’émotion de s’y retrouver dimanche prochain, après de si longues années, avec ses camarades du Scharoun Ensemble.

A 23 ans, le jeune violoniste entrait à l’Académie Karajan de l’Orchestre philharmonique de Berlin. «Les membres de l’académie participent aux concerts et aux répétitions, explique Christophe Horak. Il faut avoir le niveau suffisant: on peut dire qu’à l’heure actuelle, il n’y a pas de grande différence entre un musicien de la Philharmonie et un musicien de l’Académie.» Deux ans de formation approfondie (de septembre 2000 à septembre 2002) pour décrocher un poste de second violon tutti en novembre 2002. En 2009, le Neuchâtelois passait le concours pour devenir chef d’attaque des seconds violons. «J’ai eu beaucoup de chance. Pour chaque poste vacant, 50 à 60 musiciens sont invités à auditionner parmi les 100 à 150 dossiers reçus. Il y avait une certaine confiance en mes capacités.»

Des classiques aux contemporains

Quant à Peter Riegelbauer, le contrebassiste revient sur les origines du Scharoun Ensemble. «Au départ, l’idée était de jouer l’Octuor de Schubert et d’autres pièces à l’instrumentarium similaire. Mais il nous arrive de jouer avec moins d’instruments ou d’élargir l’effectif, jusqu’à 13 ou 15 musiciens. On a ainsi une variété et on peut jouer toutes sortes de pièces pour les cordes et les vents.» Outre les classiques, le Scharoun Ensemble joue aussi des pièces contemporaines, comme l’Octuor de Jörg Widmann, calqué sur celui de Schubert. «Dans cette pièce, Widmann se souvient du monde sonore de Schubert, mais en même temps, il le détruit; c’est comme si l’Octuor de Schubert était vu à travers le miroir de nos jours.» Loin d’une pâle copie, une pièce jugée «exceptionnelle» par son collègue Christophe Horak.


Le Scharoun Ensemble de la Philharmonie de Berlin à la Salle de Musique de La Chaux-de-Fonds. Di 22 janvier à 17 heures. http://musiquecdf.ch