Le Quatuor Girard, ce sont deux frères et deux sœurs. Originaires d’Avignon (la famille compte neuf enfants au total!), ils décrochaient en 2011 un 3e Prix au Concours international de Genève. En concert lundi soir au Conservatoire de Genève, ils jouaient Boccherini et Schubert avec la violoncelliste Nadège Rochat.

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Ce qu’il y a de frappant, c’est la couleur française de cet ensemble. Il y a là une clarté dans le son, une élégance qui reflète les caractéristiques de cette école. Le Quintette à cordes en ré mineur op. 13 G 280 de Boccherini s’ouvre sur un dialogue entre les deux violoncelles. La Genevoise Nadège Rochat joue avec naturel et musicalité, se fondant à la sonorité équilibrée du Quatuor Girard. Dans le mouvement lent, sa partie nécessite qu’elle grimpe dans l’extrême aigu, ce qui est d’une difficulté redoutable: elle parvient à faire chanter la ligne mélodique, malgré quelques écarts de justesse. La violoncelliste Lucie Girard a elle aussi des belles interventions solo. On apprécie les réparties entre les musiciens, quand bien même ceux-ci pourraient s’affirmer davantage.

Interprétation qui se défend

Le Quartettsatz en ut mineur de Schubert est joué de manière correcte, mais le côté sombre, torturé, ponctué de soudaines illuminations, n’y est pas. Le Quintette à deux violoncelles D 956 leur réussit mieux. Il y a là une certaine fraîcheur, de l’élan (le «Scherzo» empoigné de vigoureuse), un naturel qui rendent sa lumière à cette musique. «L’Adagio» (l’un des sommets de la musique de chambre) est joué sans épanchement. Mais l’on reste un peu à la surface de l’émotion; les phrases du premier violon, d’une fragilité à fleur de peau, comme des soupirs, pourraient être plus expressives et poétiques. Le «Scherzo» est vif (malgré quelques baisses de tension dans le «Trio»), et le final s’avère animé.

Au total, cette interprétation se défend tout à fait, bien construite, mais manque un peu de personnalité. Le Quatuor Girard doit encore mûrir pour s’affirmer pleinement et prétendre entrer dans la cour des grands.