Un concert d'ouverture vendredi soir, dirigé par Michel Corboz, puis un week-end de marathon, avec 200 concerts, répartis en 16 scènes, ouvertes ou fermées: la onzième Schubertiade, qui se déroule à Ouchy, ne faillit pas à la tradition gargantuesque qui en fait, depuis une vingtaine d'années, le plus grand rassemblement musical du pays. Le problème de l'auditeur, s'il en est un, est de déterminer les critères de son choix: qualité de la salle, notoriété des interprètes, places disponibles, intérêt des œuvres? Comme il faut sélectionner, retenons l'argument musical: voici cinq suggestions de parcours thématiques à travers cette jungle où tous les styles, toutes les époques sont représentés, selon que vous aimez Schubert (après tout, il reste l'âme de toute l'affaire), les compositeurs suisses (à l'honneur cette année), la musique spirituelle et chorale, celle d'aujourd'hui, ou tout simplement les tubes du répertoire, ces chefs-d'œuvre qu'on a bien le droit de vouloir entendre et réentendre. Chaque concert est indiqué par ses jours et ses heures d'exécution, précédé du numéro de la scène indiqué dans l'infographie ci-dessus.

Parcours Schubert

On reconnaît le génie chez Schubert au fait que chaque fois qu'on l'entend, on se dit qu'il n'y a pas de musique plus belle, plus intimement bouleversante. Puis on entend Beethoven, ou Bach, ou Mozart, et pour d'autres raisons, on se reprend à penser que, non, décidément, il n'y a rien de plus beau au monde… Schubert, donc: il se faufile dans d'innombrables concerts, accolé à d'autres compositeurs, mais il tient la vedette avec quelques chefs-d'œuvre. Ne pas manquer le célèbre Quintette avec piano «La Truite», autour du magnifique Quatuor Sine Nomine (2 sa 14 h 30, 17 h 30), la Sonate «Arpeggione» dans une version pour contrebasse et piano (8 sa 16 h 30) ou dans sa configuration traditionnelle, pour violoncelle et piano (10 sa 12 h 30, 13 sa 15 h), la majestueuse et solitaire Sonate pour piano D960, l'un des ultimes chefs-d'oeuvre (14 sa 17 h 30), le célébrissime Quatuor «La Jeune fille et la Mort», toujours par le Quatuor Sine Nomine (10 di 13 h) ou les Impromptus de l'op. 142, un peu moins connus que ceux de l'op. 90, mais non moins intéressants (1 di 16 h). Pour les Messes, voir le parcours spirituel.

Parcours spirituel

Si vous n'aimez que le chant choral, les grandes masses de musiciens, la ferveur qui entoure ces répertoires, ce parcours est à vous. Il débute vendredi soir, hors forfait, avec un «best of» de grandes pages de Bach pour les 250 ans de sa mort, dirigé par Michel Corboz à la tête de l'Ensemble vocal et instrumental de Lausanne (place de la Navigation, 20 h). Puis il se concentre sur Schubert, encore et toujours, avec sa Messe en mi-bémol, dirigée par le père de la Schubertiade André Charlet, avec le chœur Pro Arte et l'Orchestre de chambre de Lausanne (2 sa 20h) et sa Messe allemande, climax traditionnel des Schubertiades, qui se donne comme à l'église, avec participation du public (2 di, répétition à 11 h, exécution à 12 h, partitions distribuées à l'entrée). Mais on peut aussi savourer la «Missa brevis» de Zoltan Kodaly par le Chœur de l'Elysée (16 sa 16 h 15) ou une affiche plus originale encore, avec un bouquet d'œuvres de Forestier dirigées par lui-même, «Te Deum», «Sanctus» et «Le Jeu de Noé», avec l'Ensemble vocal Arpège (1 di 13 h).

Parcours des tubes

Indissociables d'un grand rendez-vous populaire, les classiques du classique ne manquent pas à l'appel, parfois servis par les meilleurs interprètes romands. Trois pianistes officient à des heures presque semblables: Christian Favre dans un recueil majeur de Schumann, les «Kreisleriana» (2 sa 13 h 30), Pierre el Doueihi qui s'attaque à Chopin (8 sa 12 h 30, 7 sa 14 h), Christophe Deluze qui marie Brahms aux compositeurs russes qui sont sa spécialité, Scriabine et Borodine (10 sa 11 h, 11 sa 15 h 15, 13 di 15 h 15). Une délicatesse, pour enfants aussi: les variations de Mozart sur «Ah! vous dirai-je maman», que Yovanka Marville joue sur pianoforte (8 sa 13 h 30). Un incontournable, «Le Carnaval des animaux» de Saint-Saëns, dans la version pour deux pianos, par Guy-Michel Caillat et Denise Duport (13 sa 16 h), qui permet de rester installé pour l'Octuor de Beethoven par les vents de l'Orchestre de la Suisse romande (13 sa 17 h). Pour la flamme romantique, chercher du côté de Dvorak et de son Quintette en sol majeur, par l'Ensemble des Bergières (5 sa 14 h 30, 1 sa 19 h), de Brahms et de son quatuor avec piano en sol mineur, brûlant comme une lave, par le Quatuor Schumann (13 di 13 h, 2 di 14 h 45), ou de Mendelssohn en son Trio en ré mineur par le Trio Itoyaka (11 di 11 h 30, 3 di 16 h). Pour les amateurs de voix, deux affiches: la soprano Danielle Borst, le baryton Philippe Huttenlocher et la pianiste Isabelle Fournier dans le cycle inspiré à Mahler par les poèmes du «Knaben Wunderhorn» (10 di 14 h, 13 di 16 h) et le Quatuor vocal Contretemps avec une affiche surprise qui va de Korsakov aux Swingle Singers (12 sa 13 h 30, 8 sa 17 h 30). Enfin, outre quelques incursions dans le jazz avec Géo Voumard et dans le brass band (vers la fontaine du Musée olympique), le tango d'Astor Piazzolla chaloupe entre deux concerts: l'ensemble «Por el tango», avec des extraits de l'opéra «Maria de Buenos Aires» (14 sa 12 h 30, 12 sa 14 h 30) et le Quintette Boulouris (7 sa 17 h, 10 sa 20 h 15).

Parcours suisse

Les tubes ci-dessus ayant fourni le plaisir de la répétition, la faim de découvertes peut s'aiguiser. Les propositions de la Schubertiade, en la matière, sont riches. L'accent est mis cette année sur les compositeurs suisses, qui sont répandus sur les programmes comme le parmesan sur les spaghettis.

Un plat de résistance: le concert du contre-ténor Andrew Watts et du Nouvel ensemble contemporain, qui donnent le recueil «Beiseit» de mélodies inspirées à Heinz Holliger par le grand Robert Walser (3 sa 16 h 45). Martin Derungs, la voix de la musique contemporaine grisone, apparaît à quatre reprises dans le programme audacieux du Trio Ebene, à côté de Boufil et Sciortino, avec sa «Serenada» sur des chants populaires romanches (11 sa 12 h 15, 9 sa 16 h 45, 5 di 13 h, 9 di 15 h 45). L'un des grands noms de la musique suisse de ce siècle, dont le rayonnement ne cesse de croître, celui d'Othmar Schoeck, apparaît confidentiellement au détour d'un récital de mélodies, mais c'est ce qu'il a fait de meilleur (12 di 15 h 45). Autre figure alémanique, plus proche de nous, celle de Rudolf Kelterborn, dont le Trio Vocalises joue la rare «Fantasia a tre J» (4 di 13 h). Enfin, pour un digest d'œuvres chorales, un genre où les compositeurs romands ont toujours excellé, on pointera le groupe vocal Ars Laeta dirigé par Yves Bugnon, qui aligne Vuataz, Binet, Marescotti, Sutermeister, Reicher, Pasquier, Doret, Corboz et Mermoud (16 di 17 h).

Parcours contemporain

Hors Suisse, les compositeurs des cinquante dernières années sont rares. Raison de plus pour les honorer. La soprano Laure-Anne Payot et la pianiste Inna Petcheniouk invitent à un couplage passionnant, où Holliger et Moussorgsky entourent «Requiem pour drugu» du grand György Kurtag, compositeur en résidence au Festival de Lucerne, et sans aucun doute l'une des figures majeures de la création contemporaine (8 sa 14 h 30). L'European Festival Orchestra et le chef Valentin Reymond, autour de Moussorgsky et de Wagner, déroulent le «Szenario» de Maurizio Kagel (15 sa 16 h, 2 sa 18 h 30). Le Quatuor Friedli a choisi le Quatuor de Penderecki (3 sa 13 h 45, 5 sa 16h30), alors qu'aux confins de la musique répétitive et de l'hypnose mystique, l'octuor vocal «S'Otto Voce» marie Bach à la «Berliner Messe» d'Arvo Pärt, ce qui rejoint le parcours spirituel et boucle la boucle de ce fastueux week-end (16 di 13 h).

Voir aussi le supplément Tempo.