Critique: Adam Laloum à la Salle del Castillo de Vevey

Schumann, entre rêverie et éclats tempétueux

Il a toujours sa silhouette d’elfe, les mains fines et longues, le corps un peu chétif. Vendredi soir, Adam Laloum donnait un récital à la Salle del Castillo de Vevey. Le pianiste français, 28 ans, enchaîne les concerts en ce mois d’avril. C’est pourquoi il a préféré jouer à l’aide de partitions, n’ayant pas eu le temps de mémoriser les pièces pour la plupart nouvelles à son répertoire.

Vainqueur du Concours Clara Haskil de Vevey en 2009 (alors qu’il ne s’y attendait pas du tout), Adam Laloum s’est fait un nom pour sa sensibilité. Rien, chez lui, n’est jamais forcé. Il joue avec une très belle qualité de son, entre introspection et élans fougueux. Autant ses pianissimi ont une vraie étoffe poétique, autant il possède une certaine puissance dans les forte qui confère du panache à son jeu.

L’acoustique (très) réverbérante de la Salle del Castillo tend à créer une sorte de halo autour des notes. Dans la Sonate en ré majeur K. 576 de Mozart qui ouvrait la soirée, Adam Laloum met un peu trop de pédale dans certains passages. On sent qu’il n’a pas encore complètement assimilé l’œuvre (d’où quelques approximations dues peut-être à la nervosité?), mais pour une première en concert, il fait montre de belles affinités avec Mozart. Le premier thème est joué de manière décidée. L’écriture canonique de l’œuvre est bien mise en valeur. Adam Laloum est sensible aux modulations harmoniques parfois osées (changements dans la couleur du son, notamment dans l’«Adagio»). Le finale est enjoué, avec de splendides envolées à la main gauche qui confèrent une texture orchestrale au morceau.

Adam Laloum a toujours aimé Schubert. Le voici dans les quatre Impromptus de l’Opus 142. Il y a quelque chose d’un écorché vif dans cette lecture. Le pianiste cherche à dompter les précipices schubertiens. Les forte sont parfois un peu agressifs, l’agitation l’emporte sur la sérénité (certains passages dans le premier Impromptu), mais plus le cycle avance, plus le pianiste est à son aise. Le deuxième Impromptu recèle une riche poésie, et les variations du troisième (très bel énoncé du thème) sont superbement contrastées, jusqu’au quatrième, joué avec une sorte de fureur exaltée.

Mais le plus beau, ce sont les Davidsbündlertänze de Schumann offerts en seconde partie. Adam Laloum va au bout des ardeurs schumaniennes. Il cerne le climat de chaque miniature – entre rêverie et éclats colériques – au sein du cycle entier. Le public retient son souffle après les dernières notes, comme si la fragilité de la musique (l’épilogue si dépouillé) renvoyait à ses propres fragilités. Adam Laloum joue en bis la «Rêverie» des Scènes d’enfants de Schumann et le Moment musical No 3 de Schubert. Cette simplicité-là est extrêmement émouvante.