Au Festival de Bellerive, la musique de chambre est reine. Il faut faire quelques kilomètres le long du lac en direction de Thonon, à la sortie de Genève, pour atteindre la commune de Collonge-Bellerive où des panneaux de signalisation vous guident à la Ferme de Saint-Maurice. Là, vous arrivez sur un domaine verdoyant et arborisé, avec vue à l’horizon sur le lac Léman. Et l’on vous accueille pour les concerts, dans une ambiance chic et décontractée à la fois.

Dirigé avec flair par Lesley de Senger (l’épouse du violoniste et chef hongrois Gábor Takács-Nagy) secondée de sa fille Caroline, le Festival de Bellerive aime provoquer des rencontres entre musiciens. Mercredi soir, le concert s’intitulait «Influences», et reflétait le mélange typique d’œuvres connues et moins connues que l’entend dans ce décor champêtre. Les musiciens sont des jeunes solistes déjà confirmés dans leur carrière qui se retrouvent pour partager des émotions autour de la musique de chambre. Abritant le public sous une toiture à l’air frais, la Ferme de Saint-Maurice s’avère un plateau idéal pour ce type de rencontres intimistes.

Julian Bliss, que l’on se souvient avoir entendu quand il avait 14 ou 15 ans au Verbier Festival, est un clarinettiste accompli. Sa sonorité ronde et claire, qu’il façonne en gerbes de notes comme en demi-teintes très subtiles, se prête autant aux Fantasiestücke opus 73 de Schumann qu’à la Suite pour clarinette, violon et piano op.157b de Darius Milhaud. Il n’est jamais dans la démonstration et cherche plutôt à fondre son souffle à celui de ses partenaires. On admire ces nuances piano qu’il est capable de réaliser, afin de varier la couleur d’un thème, ou ces sonorités de velours qu’il tire de son instrument, en alternance avec des passages plus brillants.

La pianiste Shani Diluka, elle, révèle des affinités avec l’univers de Schumann. Elle n’hésite pas à prendre l’initiative dans l’accompagnement des Fantasiestücke pour seconder le clarinettiste, accélérant quelque peu le débit ici, le ralentissant là. Elle développe de belles couleurs pianistiques, en particulier dans le mouvement lent du Quatuor opus 47 de Schumann joué en seconde partie. Il lui arrive d’escamoter quelques notes, comme dans le redoutable «Scherzo» de ce même quatuor, mais l’âme schumanienne transparaît dans son jeu.

Pour parer à la défection du violoniste Gabriel Le Magadure (souffrant), Olga Polonsky a appris la Suite op.157b de Milhaud en une semaine à peine! Du coup, le public a pu savourer cette partition aux rythmes frais et pimpants. Le lied Morgen de Strauss (offert dans une transcription), enchaîné directement à Oblivion de Piazzolla, installe un climat plus contemplatif avant le Czardas de Vittorio Monti. On y trouve des envolées tziganes à la clarinette et au violon!

S’il fallait retenir une œuvre du concert, ce serait le Quatuor opus 47 de Schumann. Chacun avec son style et sa sensibilité, le violoniste Kirill Troussov, l’altiste Olga Polonsky, le violoncelliste István Várdai et la pianiste Shani Diluka ont su y forger une entente heureuse. Ils veillent à varier les climats, entre vivacité et lyrisme, malgré quelques approximations. Le mouvement lent est de toute beauté, avec cette sublime mélodie au violoncelle énoncée avec ferveur par István Várdai. Cet «Andante cantabile» a été bissé pour le plus grand bonheur du public.


Festival de Bellerive, jusqu’au 21 juillet. www.bellerive-festival.ch