Genre: Rock expérimental
Qui ? Scott Walker
Titre: Bish Bosch
Chez qui ? (4AD/Musikvertrieb)

Dans la vie de Scott Walker, il y a eu une histoire qui raisonne aujourd’hui avec une stridence plus que jamais prononcée. Elle nous rattache, cette histoire, à des pages écrites par un trio, les Walker Brothers, qui a puisé dans les recettes de la pop solaires pour enfanter une poignée de tubes qui ont irradié la fin des années 1960. Ce passé éloigné ne peut que faire réfléchir sur les chemins parfois insondables que peuvent emprunter certains artistes: Scott Walker est aujourd’hui un soleil noir, une entité qui inquiète et stimule, qui désarçonne et rassure à la fois. Bien éloignée, donc, de la doxa pop qui l’a révélé.

Ces disques solos disent cela, sur un ton qui ne cesse de se radicaliser. Il faut se souvenir du laboratoire à idées dérangeantes que dévoilait The Dift , en 2006. Six ans plus tard, Bish Bosch reformule ce discours, avec des moyens plus réduits mais une force de frappe demeurée intacte. De ses neuf morceaux on pourra dire qu’ils plongent tous ceux qui s’y aventurent dans une stimulante zone d’inconfort. Le territoire que définit Scott Walker est peuplé de figures qu’on devine en filigrane: on croit entendre par ici Boulez, on reconnaît Kurt Weill par-là. On retrouve de brèves résurgences de musique industrielle et on assiste médusés au déploiement d’un paysage halluciné. Sur cette base complexe et féconde se pose une voix qui tenaille. Une voix vibrante, qui déclame et psalmodie, qui caresse et harangue, quelque part entre David Sylvian et David Bowie. Elle fait, elle aussi, de Bish Bosch une œuvre tranchante et indispensable.