En première apparence, le fonctionnement industriel des séries américaines peut ressembler au système électoral. Les responsables de chaînes, qui conservent la décision de vie ou de mort des fictions TV, seraient comme des grands électeurs maximisant le choix du public: si l’audience fléchit, on stoppe net, si le succès perdure, on reconduit le (feuilleton) sortant. Presque un plébiscite permanent, dès la rentrée puis au long de l’année pour les nouvelles créations, plus fragiles.

En réalité, on se doute que le système est plus complexe. A la différence du calcul du suffrage universel, le critère de l’audience télévisuelle est relatif. Il dépend du diffuseur (hertzien, par câble, etc.) et, surtout, des recettes publicitaires escomptées pendant la diffusion de la série. Cette froide comptabilité peut être biaisée par des choix de prestige sauvant une œuvre coûteuse et moyennement suivie, mais qui ennoblit la chaîne.

Néanmoins, depuis des décennies, le couperet avait le tranchant d’un scrutin populaire. Même bien installée, une série pouvait être jetée aux oubliettes d’un trait de stylo de cadre supérieur. Sur ce point, y compris pour des fictions grand public, la situation évolue de manière un peu plus positive, sur la base de négociations entre auteurs et studios producteurs face aux chaînes de TV. Desperate Housewives, qui s’éteindra la semaine prochaine sur RTS Un, et la dernière saison de Dr House, entamée jeudi, ont ainsi pu bénéficier d’une fin programmée, ce qui permet aux scénaristes d’aménager leur trame en conséquence. La fiction a parfois ce privilège d’un effacement prévu, que les politiques n’ont pas.