Faut voir

Se méfier de l’homme qui dort

Un dormeur. Quoi de plus inoffensif? L’œuvre, une vidéo de l’artiste marocain Mounir Fatmi, vient pourtant d’être déprogrammée d’une exposition prévue en juin à la Villa Tamaris, dans le Var. En cause: le visage de l’homme assoupi et la dédicace du court-métrage évoquent Salman Rush­die, auteur des Versets sataniques.

Actuellement montré au Mamco, à Genève, Sleep Al Naim, inspirée d’une production d’Andy Warhol, ne provoque aucun remous. Mais la France est devenue sensible. Depuis les attentats perpétrés contre Charlie Hebdo début janvier – c’est un comble, la censure préventive redevient à la mode.

A Vendôme, l’artiste franco-algérienne Zoulikha Bouabdallah a dû enrouler les tapis de prière sur lesquels elle avait disposé de jolis escarpins, interrogeant la place de la femme dans l’islam. Une pièce de théâtre sur la lapidation des femmes au Yémen a fait long feu, faute de pouvoir payer des gardes privés pour les trente représentations prévues à Paris. L’affiche du nouveau spectacle de Patrick Timsit – le bien nommé On ne peut pas rire de tout – sur laquelle il enlaçait une bombe, a été modifiée. Le film Timbuktu, interrogeant la terreur islamiste, a été plusieurs fois retiré des programmes. Etc., etc.

Ailleurs aussi, la peur gagne. Un char hommage à la liberté d’expression annulé par le carnaval de Cologne. Une exposition sur la caricature reportée au Musée Hergé de Louvain.

Vivement demain pour constater, je l’espère, que dans son nouveau numéro, Charlie n’aura rien cédé aux fanatiques, relégués en une dans la meute des prédateurs habituels.