Il est rare qu’un film se fasse huer avant même de commencer. Un carton prégénérique statue que la seule équivalence qu’on puisse trouver à la violence de la guerre en Afrique est celle qui entre dans la relation amoureuse entre un homme et une femme. Cette indécente équation donne la tonalité d’un mélodrame affligeant.

La Sud-Africaine Wren Petersen (Charlize Theron) a l’humanitaire dans le sang depuis l’enfance. Sur les bas-côtés de la guerre au Libéria, elle rencontre un médecin espagnol (Javier Bardem) qui a le charme viril et rieur des Latins. C’est l’amour fou! Mais… Dilemmes et jalousies altèrent leur bonheur. Comme directrice d’ONG, elle a une approche politique alors que le chirurgien baroudeur ne pense qu’à rafistoler les blessés.

Collection Harlequin

Sean Penn a quatre films à son actif, dont deux très beaux, The Indian Runner et The Pledge (d’après Dürrenmatt). Dans The Last Face, projet concomitant à sa rupture avec Charlize Theron, il se vautre dans un univers digne de la collection Harlequin, émaillé de sentences comme «Je lui ai dit que je l’aimais, mais je ne l’ai jamais aimée comme je t’aime» qui suscitent l’hilarité. Pour que la farce soit complète, Jean Reno et Adèle Exarchopoulos font un peu de figuration.

Construit en flash-back mal assemblés, The Last Face n’omet aucun cliché – à croire qu’un logiciel programme ces cartes postales de l’Afrique meurtrie mais digne, chantant «la résilience et la beauté des réfugiés». Couchers de soleil, regards d’enfants, ralentis de vidéo clips: la réalisation abonde en manipulations émotionnelles. La bande-son oppose le staccato des armes automatiques aux mille violons de la foi en l’homme. Lors d’une soirée de gala, Wren prononce un discours vibrant d’humanisme; l’orchestre symphonique enchaîne derrière elle, mais c’est «Peace Train», cantique baba de Cat Stevens qui retentit. Wow!