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Michelle La (carte d’identité) et John Cho (fenêtre).
© DR

Cinéma

«Searching-Portée disparue»: quand l'ordinateur mène l'enquête

Une enquête policière dont le cadre ne déborde jamais de l’écran de l’ordinateur. Cette prouesse narrative tient plus de l’exploit que du cinéma

Margot, 16 ans, vit avec son père depuis le décès de sa mère. Cette adolescente sans histoire disparaît brusquement. Le père mène l’enquête et découvre des zones d’ombre chez sa fille: elle est loin d’être aussi populaire parmi ses camarades qu’il ne le pensait, elle chatte avec des inconnus, elle a arrêté les cours de piano, elle fume de l’herbe… Commence une course contre la montre pour essayer de retrouver Margot, en espérant qu’elle soit en vie. L’intrigue de Searching-Portée disparue a plusieurs fois fait ses preuves, au cinéma et dans nombre de séries policières. La plus-value réside ici dans la forme: toute l’histoire est racontée par le truchement d’un ordinateur.

Les trois coups du théâtre classique sont remplacés par le «boooong» de démarrage du Mac. Sur l’écran défilent des home movies du temps du bonheur, les premiers pas de Margot, sa première leçon de piano, un anniversaire, des jeux au jardin, mais aussi la maladie de sa mère, décédée des suites d’un lymphome en 2015. Les témoignages du passé documentent aussi les avancées technologiques, de l’image délavée des vidéos d’antan aux millions de pixels des photographies haute def’ foisonnant sur Facebook.

Filaments colorés

Appels téléphoniques, SMS, incursions sur les réseaux sociaux dégueulant leur trash et leurs fake news, téléconférences avec la détective chargée de l’enquête, repos d’écran (avec filaments colorés)… Le film utilise toute la grammaire informatique, incluant l’usage du GPS et des caméras de surveillance, la vidéo postée sur YouTube et la retransmission en direct des breaking news, voire d’occasionnelles émoticônes. On ne sait pas toujours très bien sur quel ordinateur la réalité se révèle par fragments, mais le réalisateur tient son cap jusqu’au bout: jamais on ne verra les personnages en live, jamais on ne sortira de l’espace de l’otaku.

Searching-Portée disparue procède à une mise à jour du principe du found footage («films trouvés») qui a garanti le succès de Blair Witch Project en le transférant dans le cyberspace. Ce n’est plus à partir de pellicules retrouvées que se bâtit le film mais au gré d’un zapping sur l’infosphère. Le producteur Timur Bekmambetov a déjà expérimenté le procédé dans Unfriended (le suicide d’une adolescente); il le reconduit dans cette démonstration réalisée par Aneesh Chaganty. Le pari est remporté, mais le résultat s’apparente plus à un tour de force qu’à l’invention d’un nouveau mode narratif. Au passage on relèvera qu’une succession de twists scénaristiques improbables nuit à l’efficacité du récit. Et l’on s’étonne du rôle dévolu à l’ordinateur, cette idole du monde contemporain, ce scrutateur infatigable, cet œil toujours allumé renvoyant aussi bien à celui de HAL dans 2001 L’odyssée de l’espace qu’à celui qui regardait Caïn au fond de la tombe.

Quant aux populations qui passent huit heures par jour devant un écran, sans compter le temps passer à payer ses factures, réserver ses billets, se répandre sur Facebook ou jouer à des jeux, peut-être ont-elles envie, au cinéma, de respirer l’air des grands espaces, de voir des chevaux galoper et d’avaler de la poussière plutôt que des pixels. Mais, dans une irréprochable logique de mise en abyme, Searching aspire sans doute à être visionné sur écran tactile plutôt que sur écran blanc.


Searching-Portée disparue (Searching), d’Aneesh Chaganty (Etats-Unis, 2018), avec John Cho, Michelle La, Debra Messing, Joseph Lee, 1h42.

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