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Sébastien Olesen, directeur du Palp Festival.
© © Sedrik Nemeth

Portrait

Sébastien Olesen, le Valais dans le vent

Depuis huit ans, le directeur du PALP Festival fait vibrer le canton grâce à des événements musicaux surprenants. Une vision décloisonnée et décomplexée de la culture, entre rock et tradition

Vous êtes-vous déjà déhanché sur de la techno en dégustant du fromage fondu et des cornichons? Non? Attention: discuter avec Sébastien Olesen, c’est se sentir l’envie soudaine de brandir une demi-meule et de monter le son. Car l’électroclette, nom de ce curieux concept qui fait fureur en Valais, est un pur produit de son imagination. Sébastien Olesen l’a lancé il y a huit ans peu avant le PALP Festival, manifestation qui propose tout l’été des rendez-vous culturels et insolites dans le canton. Pas surprenant que l’électroclette en soit devenu l’appétissant emblème.

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Associer pommes de terre et DJ, il fallait oser. Chemise bien ajustée et cheveux attachés en un chignon lâche, Sébastien Olesen nous le fait vite comprendre: son truc, c’est de surprendre. Et de décloisonner les genres. Devant un café, ce jeune Valaisan de 31 ans raconte comment l’aventure PALP a commencé: un mandat de la ville de Martigny pour animer la place Centrale à l’été 2011 qu’il remporte avec son ami Blaise Coutaz, et leur volonté de proposer quelque chose de «totalement décalé».

Alors, en plus de la raclette, le duo imagine les Sons aux balcons, mini-concerts joués directement derrière les balustrades d’immeubles alentour. «Ce genre d’événements, dans une ville de 15 000 habitants, c’était quitte ou double», estime Sébastien Olesen. Malgré la grogne de quelques riverains, la sauce prend rapidement. Signe que la région est prête pour une petite révolution, qui prendra la forme d’un festival audacieux et différent.

Usine et accordéons

Faire bouger les lignes culturelles de son canton, ce mélomane en rêvait depuis longtemps. De mère valaisanne et de père danois, lui-même fondateur d’un festival de musiques du monde à Martigny, Sébastien Olesen hérite de la passion familiale pour la scène et la logistique. A 17 ans, l’adolescent s’engage en tant que bénévole aux Caves du Manoir de Martigny, salle de concert où il fait ses premières armes, au bar comme au ménage. Mais il se sent vite à l’étroit dans ce Valais «conservateur, qui offrait peu de débouchés dans le milieu».

Direction l’Arc lémanique, où Sébastien Olesen interrompt des études en sciences politiques pour intégrer Post Tenebras Rock (PTR), association organisatrice de concerts alternatifs au sein de L’Usine de Genève, et dont il devient le programmateur. «J’ai appris le métier sur le tas. Il faut trouver une ligne directrice, écouter ceux qui nous entourent. J’ai aimé la mixité des nationalités qui gravitaient là.» Ses collègues, Sébastien Olesen les initie à la raclette, à la mode de chez lui. «Je descendais avec mes grands fours, ça faisait un carton! En Valais, cette spécialité rimait surtout avec chansons à l’accordéon… J’ai alors réalisé que la tradition appartenait à tout le monde, et qu’on pouvait la mêler à d’autres formes de culture.»

A dos de mulet

Une conviction devenue l’âme du PALP Festival, où se rencontrent folklore et modernité. Et de multiples générations. «On a organisé une démonstration de chants patois au sommet d’un alpage, suivie d’un concert de rock américain. Il y avait des personnes de 90 ans, d’autres de 20, et les gens discutaient. Ces moments créent du lien.»

Plus qu’une performance de tête d’affiche, «ce que Paléo ou Montreux font déjà très bien», Sébastien Olesen veut offrir des expériences. Originales, parfois même un peu folles: une exposition d’art contemporain chez l’habitant, un brunch sur un télésiège en mouvement ou du rock psychédélique japonais à la cabane Brunet, soit à 2100 mètres d’altitude. «L’équipe technique grimace un peu», s’amuse ce créatif qui semble constamment fourmiller de projets, même ici, attablé dans un bistrot végétalien de Martigny.

Cette année, Sébastien Olesen se réjouit de voir l’un d’entre eux se réaliser: un concert dans le château de Tourbillon, à Sion. Le matériel sera acheminé en hélicoptère et… à dos de mulet. «En fait, on ne se met pas de limites, sauf le budget!»

Vent de changement

Son quotidien, c’est aussi ça: approcher des sponsors, négocier des autorisations et exposer aux communes sa vision de l’animation. «Je fais beaucoup de politique, au final. En Valais, la culture est parfois vue comme quelque chose qui coûte cher et rapporte peu, alors qu’elle représente une véritable opportunité touristique. Mon souhait est de faire évoluer les mentalités.» Avec des réussites à l’appui: les événements du PALP affichent régulièrement complet, les festivaliers affluant de toute la Suisse romande pour découvrir la région autrement.

Depuis quelque temps, Sébastien Olesen sent une brise de changement balayer la vallée. Les soutiens se multiplient: le val de Bagnes a par exemple investi dans ses Rocklettes, concerts rythmés en pleine nature. Quant aux fromagers et aux vignerons, ils apprécient la mise en avant des produits du terroir. «On a contribué à déblayer le chemin et on voit émerger un Valais différent, se réjouit Sébastien Olesen. J’espère que ce sera plus simple pour les suivants.»

Mais ce papa de deux petits garçons ne relâche pas la pression pour autant. Pendant les quatre mois du festival, il s’assied rarement pour boire un fendant. Ce n’est qu’en septembre que lui et sa femme, collaboratrice du PALP, se permettent de prendre quelques semaines de répit. En attendant, pour déconnecter, il jardine volontiers dans sa maison de Bruson ou part en randonnée. Un tête-à-tête nécessaire avec la terre, avant de retourner l’arroser de notes et de fête.


Profil

1986 Naissance à Aarhus, au Danemark.

2004 Premiers pas dans l’Association des Caves du Manoir à Martigny.

2009 Engagement comme administrateur, puis programmateur de PTR – Usine Genève.

Juillet 2011 Lancement du premier PALP Festival avec son ami Blaise Coutaz.

2016 Décide de s’impliquer uniquement dans le projet PALP festival.

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