Cinéma

Dans «Le secret de la potion magique», Astérix retrouve son punch

Le petit Gaulois crève l’écran dans un film d’animation plein de rondeurs et de drôlerie

Panoramix est définitivement le king des druides gaulois. Il bondit de branche en branche tel un écureuil, surfe sur les troncs tel un teenager. Sa serpe d’or est comme un boomerang qui va, court, vole et coupe le gui. Et soudain, patatras! La branche qui casse, la chute vertigineuse… Astérix et Obélix qui, comme par hasard, chassaient par là le sanglier retrouvent le vieux mage sans connaissance au pied du chêne. Il s’en sort avec une entorse et un méchant coup de blues: n’est-il pas trop vieux pour grimper aux arbres? Le temps n’est-il pas venu de trouver un jeune druide prometteur à qui confier le secret de la potion magique?

Astérix revient de loin. Animé par Uderzo en solo après le décès de ce scénariste de génie qu’était Goscinny, le petit Gaulois a sombré dans des abîmes de nullité (Le ciel lui tombe sur la tête) dont il émerge lentement dès 2013 sous la plume et le pinceau de deux repreneurs talentueux, Ferri et Conrad. Au cinéma, la situation est plus grave encore. Passé les dessins animés médiocres, Astérix a été le héros de films en prises de vues réelles, tous mauvais (Astérix et Obélix contre César), voire effroyablement mauvais (Astérix aux Jeux olympiques), à l’exception de Mission: Cléopâtre réalisé par un Alain Chabat cool.

En 2014, Alexandre Astier, le créateur de Kaamelott, et Louis Clichy réitèrent l’exploit de l’ex-Nul en portant à l’écran Le domaine des dieux: ils s’approprient la matière originelle, lui insufflent leur énergie, leur humour. Forts de cette réussite que l’on n’attendait plus, les deux complices reviennent avec un scénario original qui s’inscrit souplement dans la tradition goscinnyenne.

Druide maléfique

Le secret de la potion magique retourne dans la forêt des Carnutes comme dans Astérix et les Goths, fait le tour de Gaule comme dans l’album de 1965 en compagnie du village au complet comme dans les Jeux olympiques. Les auteurs ajoutent un zeste de féminisme à la potion et une pincée de motifs contemporains, soit la problématique du grand âge ou une formation inédite de l’armée romaine, non plus en tortue mais en Transformer.

Tous les personnages sont convoqués, du barde Assurancetourix à Jules César, d’autres sont inventés avec talent, comme Pectine, l’adorable gamine qui accompagne nos héros dans leurs pérégrinations, l’effronté petit légionnaire à voix de Mickey qui la ramène quand il ne faut pas ou Sulfurix, le druide maléfique qui veut faire main basse sur la potion magique et la vendre à Rome!

Dessin animé rudimentaire en flashback

Panoramix auditionne des dizaines d’aspirants druides susceptibles de le remplacer mais, entre les glandeurs, les incompétents et le maigrichon neurasthénique qui multiplie les pains, il peine à trouver la perle rare. Le meilleur des candidats vit sur un alpage entre Genava et Sedunum. Hélas! L’orgueil de ce jeune Helvète roux excède ses compétences.

Le timing des gags (les explosions à contretemps de certains essais de potion), l’originalité d’un scénario respectant le canon, l’élégance d’un flashback en dessin animé rudimentaire, les rondeurs sympathiques de l’image de synthèse contribuent à l’indéniable réussite de ce divertissement.


Astérix – Le secret de la potion magique (France, 2018), de Louis Clichy et Alexandre Astier, 1h25.

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