Participer à la cérémonie d'ouverture des JO est tout un programme… surtout quand cela prend des allures de roman d'espionnage, avec secret d'Etat à la clé. La Landwehr, orchestre d'harmonie fribourgeois, nous accorde quelques minutes avant d'entamer une répétition à guichets fermés, en vue de la parade du 15 septembre. Elle a été contactée en janvier pour représenter musicalement la Suisse à Sydney, car elle s'était déjà produite en Australie en 1991.

Une vingtaine de pays participent à cette grande fête d'ouverture. La Suisse, avec six musiciens, est la plus petite délégation. Elle s'envolera pour Sydney le 29 août, accompagnée du vice-président de l'orchestre, Yvan Stritt. Après deux semaines de répétitions et une cérémonie d'ouverture, les Fribourgeois auront deux jours pour assister aux premières compétitions sportives. Ils sont également invités à une soirée officielle donnée par la Confédération, avant de repartir le 17 septembre.

Les disponibilités de chacun et les conditions imposées par Sydney (avoir entre 16 et 24 ans et jouer de tel instrument) ont rendu la sélection au sein de La Landwehr assez facile. Les six élus ont été convoqués un à un, genre «ta mission si tu l'acceptes», et astreints dès lors à un silence quasi absolu. «On a dû signer un papier nous engageant à ne rien dire au sujet des uniformes, de la musique et de la parade», raconte Thierry Pochon, le clarinettiste du groupe.

Christophe Savoy et Sébastien Berset (trompettes), Xavier Cudré-Mauroux et Yannick Steiner (trombones), Bertrand Emmenegger (saxo ténor) et Thierry Pochon (clarinette) ont découvert les premiers morceaux en mars, et les derniers leur ont été faxés il y a un mois! Il leur reste maintenant une semaine pour connaître les 23 pièces par cœur. Quant aux costumes et à la parade, les musiciens eux-mêmes n'en savent rien. Yvan Stritt explique le mutisme des organisateurs d'une manière très simple: «Ce n'est techniquement pas gérable de mettre en place une parade chacun de son côté, les jeunes l'apprendront en Australie tous ensemble. Et puis, il faut veiller à l'effet de surprise.»

Cette ambiance de conspiration n'inquiète pas trop les six Fribourgeois. «Ça nous permet de nous concentrer exclusivement sur la musique», explique Christophe Savoy. «On a quand même regardé la cérémonie d'ouverture de Los Angeles (1984) pour se donner une idée», rajoute Thierry Pochon. Los Angeles avait accueilli 700 musiciens, Sydney en veut 2000, histoire de rentrer fièrement dans le XXIe siècle. Et pour gérer au mieux le nombre, World Projects, la société responsable de l'organisation du Sydney Olympic Band, a établi des consignes très précises. Logés à Bathurst, à quatre heures de Sydney, les participants n'ont pas le droit de recevoir des personnes du sexe opposé dans leur chambre, sauf autorisation du chef de délégation. De toute façon les musiciens vont en Australie pour travailler, les répétitions promettent d'être intensives. La Landwehr renoue, pour quelque temps, avec son passé militaire.