Dans les séries TV françaises, la science-fiction et l’anticipation sont rares. Et voici que deux futurs se télescopent, différents tout en partageant quelques bases communes. Il y a peu, Arte a tenté, et raté, l’expérience futuriste avec Trepalium. Le feuilleton dépeint un futur dans lequel les riches sont isolés dans des quartiers spéciaux, et les «inactifs» – 80% de la population – entassés dans la «Zone», réduits à quémander le droit de décrocher un boulot par le biais d’une loterie. Non sans exagération dans son propos, souligné avec un excès d’affirmations censées donner une profondeur à chaque sursaut, la série thématise le futur, noir, du travail. La crise de l’emploi, version maximisée.

Section Zéro ne fait pas non plus dans la dentelle. Dès lundi 4 avril, Canal + lance sa propre expérimentation, produite avec la société de Luc Besson, EuropaCorp. Créée par Olivier Marchal avec Laurent Guillaume, la série part d’un postulat proche, puisque dans ce futur-là aussi, l’Etat, au sens de la puissance publique, s’est effondré, coulé par ses dettes. Cette vague Europe est dominée par des multinationales dites «sociétés titans», dont Prométhée consortium, qui possède son bras armé parallèle à la police, le Black Squad, que dirige Munro. Lequel rêve de disposer de ses escouades robotisées, sans émotions, parfaites.

Sur le terrain, dans les quartiers terreux qui forment l’environnement ordinaire de la majorité de la population, Sirius est un flic à l’ancienne, brutal mais juste. Il se démène dans ses soucis personnels, ses secrets, comme dans son unité, chargée des crimes violents. Il est approché pour rejoindre une phalange clandestine, la Section Zéro, qui veut s’opposer à Prométhée. Sirius refuse. Dans un premier temps…

Une esthétique post-apocalyptique

Tournée dans des friches industrielles de Bulgarie, la série joue à plein l’esthétique post-apocalyptique façon Mad Max, référence citée par Olivier Marchal. Les voitures sont bardées de protections, la poussière obstrue l’horizon proche, les villes se sont disloquées en larges bandes de territoires assaillis de toutes parts par des bandes expertes en razzias. Canal + parle d’un «western d’anticipation crépusculaire»; en fait, on se situe davantage dans un registre terrien sombre qu’à la fin du monde.

Olivier Marchal orchestre une confrontation basée sur un choix de distribution audacieux. Pour incarner Sirius, le Suédois Ola Rapace, vu dans Skyfall. Il n’est pas le seul acteur non francophone, s’exprimant avec un accent. Cette originalité pourrait tourner court, mais elle accroît la particularité de l’univers décrit. En face, pour incarner le glacial Munro, c’est Pascal Greggory, visage marquant et caution classique, passé chez Patrice Chéreau.

Un scénario qui harponne le curieux

Section Zéro a quelques atouts, surtout son scénario, qui harponne le curieux avec une certaine efficacité. Olivier Marchal, qui a conçu 36 Quai des orfèvres et la série Braquo, crée une rapide surprise s’agissant de Sirius. Ensuite, avec ses auteurs, il entretient une tension qui pourrait convaincre. En sus, il poursuit son chemin, avec cohérence: dans sa documentation pour les médias, il assure que Section Zéro «est une série en l’honneur des flics, encore une fois». Evoquant les attentats de Paris, il revient aux policiers, milieu qu’il a connu, «parce que l’on est en guerre et qu’ils sont aux avant-postes».

Une série simagrée

La démarche a sa logique. Toutefois, les influences, omniprésentes, finissent par écraser l’ensemble. L’auteur et réalisateur cite donc Mad Max, mais aussi Les Fils de l’homme et Blade Runner. En effet, on trouvera des scènes de poursuite en véhicules tout-terrain rappelant le film d’Alfonso Cuarón, et les réminiscences du chef-d’œuvre de Ridley Scott ne manquent pas, à commencer par une échoppe de nourriture sur le pouce que fréquente Sirius, descendante du stand de nouilles de Los Angeles en 2019. L’univers de la série émane des contre-utopies qui jalonnent la science-fiction depuis les années 1970.

Qu’il soit d’aujourd’hui ou de demain, le monde d’Olivier Marchal est aussi pétri de références américaines. Depuis, déjà, la devise de ses flics, à base de «protéger» et de «servir», slogan réel de nombreuses polices américaines. Comme l’était déjà Braquo – qui avait alors l’avantage de l’ancrage dans un paysage urbain familier –, Section Zéro constitue un malaxage d’inspirations, certes rendues avec franchise; cependant, leur accumulation finit par miner ce qu’il peut y avoir d’original dans la démarche. La série devient simagrée, sincère, tendue, mais qui se fait verre grossissant, voire bouffi.


Section Zéro. Dès lundi 4 avril. Canal+, 20h55.


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