Critique de l’OSR avec Markus Stenz et Leonidas Kavakos

Le séisme John Adams a secoué Genève

Un intense souffle de soulagement, les bras en croix. Markus Stenz a tenu de bout en bout. Et l’OSR, brillamment résisté. Le geste triomphant du chef allemand, en fin de concert, dit bien ce que les musiciens et le public ont traversé avec lui. Le séisme est passé. Harmonielehre de John Adams s’est achevé mercredi soir après plus de 40 minutes d’un voyage suffocant.

Non que la partition de John Adams manque de plages de repos ou de douceurs. Mais la construction lancinante de climats en strates, les mouvements de va-et-vient entre paroxysme et déliquescence, les déflagrations sonores et les lentes montées harmoniques sur des microcellules hypnotisantes, transformées millimétriquement, poussent au vertige. En apnée, tant auditive qu’émotionnelle, puis l’air revenu en une bouffée salvatrice, la salle et la scène du Victoria Hall ont encaissé le choc.

Markus Stenz défend l’œuvre avec conviction. Il la connaît bien. N’en ménage aucun effet, et en porte les excès jusqu’aux extrêmes. Partition puissante, de l’immensité des unissons aux microscopiques mélodies répétitives, Harmonielehre constitue un exemple de modernité symphonique. Parfois systématique, mais d’une efficacité exemplaire.

L’autorité et le tranchant n’ont pas connu les mêmes bonheurs dans l’initial Siegfried-Idyll. La mouture symphonique n’avait pas les faveurs de Wagner. On ne peut pas dire que Markus Stenz en ait révélé des nervures et des irisations inattendues. Après de belles sonorités introductives, l’œuvre s’est installée dans un bain tiède avant que le Concerto pour violon de Sibelius n’impose ses éclats.

Leonidas Kavakos a été le premier à enregistrer en 1990 la version originale de l’ouvrage. Il la pratique fidèlement depuis. Pourquoi donc un tel sentiment de repli et de raideur dans cette pièce en constante tension et d’une technicité redoutable? A force de maîtriser chaque note, peut-être le violoniste a-t-il perdu une certaine fraîcheur de vision et de liberté dans cette page maîtresse.