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Chimamanda Ngozi Adichie, au centre, salue le public avec les quinze femmes qui ont partagé la scène avec elle au Théâtre Pitoëff.
© Miguel Bueno/FIFDH

Lecture

Seize femmes puissantes à Genève

Le FIFDH accueillait samedi dernier la Nigériane Chimamanda Ngozi Adichie pour une performance polyphonique autour de son dernier ouvrage, une lettre intime devenue manifeste féministe. Galvanisant

Une armée en ordre de marche? L’image frappe. Quinze femmes se dressent sur scène (comme un seul homme) derrière celle qui a montré le cap, l’horizon désirable, le territoire à conquérir. Samedi dernier, au Théâtre Pitoëff, à Genève, c’est ce souffle que l’on a senti déborder jusque dans les rangs, pleins à craquer, occupés par une majorité de spectatrices. Seule une poignée d’hommes – aventureux ou déjà convertis – a pris part à cette communion. L’objet de leur transport? Une des invitées de marque du Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH): Chimamanda Ngozi Adichie.

Ce nom vous est inconnu? Il figure pourtant au panthéon d’un nombre croissant de fidèles à travers le monde. L’auteur nigériane, 40 ans, qui partage sa vie entre son pays natal et les Etats-Unis, jouissait déjà d’une belle reconnaissance – critique et publique – pour ses romans, parmi lesquels L’Autre moitié du soleil et Americanah. Mais si elle suscite tant de ferveur, c’est surtout à cause de ses prises de position et notamment lors d’une conférence TED, en 2012, intitulée «We Should all be Feminists». Cette ode à un féminisme décomplexé, enraciné dans une expérience concrète, a eu un retentissement inégalé qui s’est transformé en succès de librairie à l’échelle du globe (Nous sommes tous des féministes, Gallimard).

Deux amours

«Mon premier amour est la fiction. Mon deuxième amour, c’est le féminisme», a confié la Nigériane, samedi, à l’issue de la performance programmée par le FIFDH. Mise en scène par la Romande Nalini Menamkat, l’unique représentation réunissait autour de l’auteur 15 femmes d’horizons divers qui ont lu chacune, dans sa propre langue, un chapitre de son dernier ouvrage: Chère Ijeawele, ou un manifeste pour une éducation féministe (Gallimard). Destinée d’abord à une amie désireuse d’inculquer des valeurs féministes à sa fillette, cette lettre a depuis été publiée et traduite urbi et orbi.

Lire aussi: Chimamanda Ngozi Adichie: «Je veux raconter les Africains de la classe moyenne»

«La responsabilité de cet enfant vous appartient à tous les deux à parts égales. Tu ne devrais pas agir en «mère célibataire» si tu n’en es pas réellement une.» «Ne la compare pas à ce qu’une fille devrait être. Compare-la à ce qu’elle devrait être en donnant le meilleur d’elle-même.» «Apprends-lui à questionner les mots. Les mots sont le réceptacle de nos préjugés.» Sur la scène du Théâtre Pitoëff, la partition écrite par Chimamanda Ngozi Adichie est ainsi portée par un chœur de 15 femmes. Chacune s’avance à son tour et en livre la force subversive, de l’italien au russe, en passant par le coréen ou encore le portugais. Des extraits en français défilent sur grand écran pour ne pas lâcher l’auditeur en chemin.

Comme au coin du feu

Certaines de ces lectrices sont si habitées – Junling Zhang (en chinois), Laura Dieudonné (en créole) ou encore Radhia Bouzaine (en arabe) – qu’on a peine à croire que la Française d’origine sénégalaise Aïssa Maïga soit la seule comédienne professionnelle. Quant à la cantatrice Barbara Hendricks, 69 ans, elle conte comme au coin du feu (en anglais) et le public est tout ouïe.

L’auteure elle-même, d’éducation anglaise, fait résonner une partie de sa prose en igbo, sa langue maternelle. Elle irradie lorsque telle oratrice joint le geste à la parole ou ponctue son intervention d’un rire léger (un homme est certes incapable d’allaiter mais peut concourir dans la même catégorie que sa compagne pour langer bébé). Car si le sujet, ici, est sérieux, la morosité n’est pas de mise.

Plaidoyer universel

De manière éloquente, ces messagères qui font corps illustrent la portée universelle d’un tel plaidoyer. Et comment ne pas songer durant leur lecture polyphonique à ces milliers d’autres femmes qui se sont élevées en rangs serrés ces derniers mois pour dénoncer les violences sexistes.

Devant une assistance qui comptait de nombreuses femmes noires, très jeunes pour la plupart, la grande prêtresse a donné son onction à toutes celles qui ont brandi leur petit livre mauve en guise d’allégeance. Dans sa robe vaporeuse rose pâle, Chimamanda Ngozi Adichie, majestueuse, était prête à lever les troupes.

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