Lors de sa récente sortie française, Seize Printemps, premier long métrage d’une attachante délicatesse, a été allumé par une partie critique. Il a notamment été reproché à sa réalisatrice et actrice, Suzanne Lindon, fille de Vincent Lindon et Sandrine Kiberlain, de proposer un petit film bourgeois de l’entre-soi parisien, de pécher par excès de naïveté juvénile, d’être anormalement détachée des préoccupations d’une jeunesse engagée. Tout cela est, il faut bien le dire, plutôt injuste. Jugeons Seize Printemps pour ce qu’il est, et non à l’aune de ce qu’il n’est pas.

En l’occurrence, il y a dans ce récit d’apprentissage quelque chose de foncièrement plaisant: la manière dont Suzanne Lindon s’inscrit dans une sorte de filiation qui va d’A nos amours de Maurice Pialat à L’Effrontée, de Claude Miller, avec une Charlotte Gainsbourg elle aussi en pleine adolescence. La manière dont la Française célèbre à travers ce film le pouvoir de la fiction est pleine de promesses.

Comédie musicale minimale

Suzanne, puisque c’est aussi le prénom du personnage, a 16 ans et elle s’ennuie avec les gens de son âge. Elle vit au sein d’une famille adorable et aimante, tout va bien pour elle, mais il lui manque quelque chose, elle a dans le regard une profonde mélancolie lorsqu’elle sirote sa grenadine. Peut-être a-t-elle besoin de se sentir vivante en ressentant des émotions nouvelles, et c’est ce qui va lui arriver lors de sa rencontre avec un comédien et metteur en scène plus âgé. Lorsqu’un matin elle ira prendre un petit-déjeuner en sa compagnie, il lui fera écouter de l’opéra au casque, et ils danseront tous les deux en restant assis, sorte de comédie musicale minimale.

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Pour bien enfoncer le clou de ce parisianisme bobo, voici que sur le générique de fin Vincent Delerm interprète un morceau appelé Suzanne… Alors oui, tout ne fonctionne pas dans ce premier film qui aurait pu être un court métrage. Mais la manière dont Suzanne Lindon se réclame d’un cinéma français qui ne se fait plus guère est – cet adjectif désuet lui convient parfaitement – ravissante.


Seize printemps, de et avec Suzanne Lindon (France, 2020), avec Arnaud Valois, Florence Viala, Frédéric Pierrot, 1h14.