Cadeaux

Notre sélection de Noël: 14 bandes dessinées, DVD et jeux vidéo

En bande dessinée, en DVD, en jeux vidéo, des histoires frémissantes, des pistes d'offrandes pour Noël

En panne d'idées pour vos cadeaux de Noël? «Le Temps» vous en propose une liste sélectionnée par la rédaction.

Bande Dessinée

Chat perché au sommet de l'absurde

Dernière virée à Coconino en compagnie du merveilleux Krazy Kat. Pensant qu’Ignatz le Mouse maléfique lui faisait une farce, Offisa Pupp n’a pas daigné plonger dans la mare troublée par des bulles, est allé plus loin téter son cigare. Avisant le souriceau qui baguenaude par là-bas, il prend conscience de sa bévue, retourne sur ses pas, se jette au jus et repêche Krazy Katz qui se noyait. Le voici qui marche sous le ciel rouge, portant dans ses bras le précieux doux félidé sauvé des eaux. Sur cette image pathétique se clôt l’indispensable quatrième volume de la réédition intégrale de Krazy Kat, comme se sont conclues, le 25 juin 1944, trente années de nonsense intensif.

George Herriman meurt dans son sommeil le 25 avril 1944, et le rideau tombe sur Coconino, Arizona, ô cieux flamboyants, nuits d’encre où s’accroche une lune en forme de haricot, mesas futuristes, cactus en pot et en liberté, éléphants, cigognes, canards, tortues, autruches, coyotes et autres drôles d’oiseaux… Sans oublier la valse à trois temps que mènent les héros du comix: Krazy Kat, minou lunatique, est amoureuse comme une chatte d’Ignatz. Au billet doux, le trotte-menu préfère le lancer de briques à cabosser la caboche. Alors Pupp le jette en prison. Ainsi vont les jours, tandis que les décors se meuvent davantage que les intrigues.

En faisant passer les animaux parlants des fables d’Esope par le Pays des Merveilles de Lewis Carroll, George Herriman a créé «la plus grande œuvre d’art produite en Amérique», selon Vanity Fair en 1924. Si le succès de la série a décliné dans les années 30 sous les coups de boutoir des premiers superhéros, l’inspiration n’a jamais fléchi. Et si d’autres chats, moins fous plus heureux, d’autres souris, moins teigneuses plus aimables, ont enchanté les kids, Krazy Kat garde une place à part: nul comme lui n’a atteint à la quintessence de l’absurde. Voir le Mouse précipiter un gang d’éléphants dans le ravin, Pupp se battre avec un tapis magique ou donner cette définition en creux du pélican: «Ni poisson, ni volaille, ni légume – juste pélican»…

George Herriman estimait n’avoir «jamais fait plus qu’une ride dans la mare de la BD». Dix jours après le décès du trop modeste dessinateur, Walt Disney envoya un mot de condoléances à sa fille. Il saluait «une source d’inspiration pour des milliers d’artistes». (Antoine Duplan)

George Herriman, « Krazy Kat, volume 4- Planche du dimanche 1940-1944 », traduction de Marc Voline, Les Rêveur, 266 p.



«LA 12»

«Elle sort du passé autant que du futur», cette Atlantic 12 de 1939, selon François Schuiten, qui en a fait une BD, La Douce, et l’a placée au centre de Train World, le musée ferroviaire qui s’est ouvert à Bruxelles, dont il a assuré la conception et la scénographie. «Hypnotisé» par cette fabuleuse locomotive futuriste carénée pour la vitesse, il n’a plus cessé de la dessiner, pour traquer «cette étrange attirance». (Ariel Herbez)

François Schuiten, « La 12, variations sur l’Atlantic 12 », Casterman, 48 p.



Tout Bretécher

Enfin. Claire Bretécher, la star de la bande dessinée des années 70, bombardée alors «sociologue de l’année» par Roland Barthes, a droit à une grande exposition à la Bibliothèque du Centre Pompidou. Elle s’accompagne d’une intégrale des aventures de sa princesse Cellulite et de ses Salades de saison parues dans Pilote, et d’une sélection de ses travaux accompagnée d’un portrait et de témoignages. (A. H.)

Claire Bretécher, « Les années Pilote » et « Morceaux choisis », Dargaud, 222 p. et 100 p.


«Comic Strips, une histoire illustrée»

Il aurait créé le personnage du Joker dans Batman. Mais Jerry Robinson, décédé en 2011, est aussi l’auteur d’une incroyable rétrospective du comic strip américain, une référence absolue. Clair, accessible, érudit, passionné, avec des reproductions impeccables pour la plupart (et traduites!), il nous entraîne sur les traces du Yellow Kid (1895), de Little Nemo, de Krazy Kat jusqu’aux Peanuts, Calvin et Hobbes ou Dilbert. Indispensable. (A. H.)

Jerry Robinson, « Comic Strips, une histoire illustrée », Urban Books, 396 p.


«Franquin, chronologie d'une oeuvre»

André Franquin est un géant. Ce pavé, dans une réédition à la pagination doublée, met en perspective Spirou, le Marsupilami, Modeste et Pompon et surtout l’inénarrable Gaston Lagaffe, et témoigne de l’intense et humble travail graphique qu’il n’a cessé d’accomplir à la rédaction de Spirou. Une œuvre magistrale, un trait tout de liberté, de mouvement et de fantaisie, à la fois débridée et contrôlée. (A. H.)

José-Louis Bocquet et Eric Verhoest, « Franquin, chronologie d’une œuvre », Dupuis, 384 p.


«Glauser»

Friedrich Glauser, écrivain «maudit», qui rencontre Tzara et le dadaïsme à Zurich avant de passer de la légion étrangère à la prison et aux asiles psychiatriques, vit une nouvelle vie, graphique, avec le dessinateur Hannes Binder. Véritable symbiose: à sept reprises, Binder se réapproprie Glauser, l’illustre, le transpose en BD, le commente, le prolonge même avec une nouvelle enquête de son inspecteur Studer. A découvrir enfin en français. (A H.)

Hannes Binder et Friedrich Glauser, « Glauser », Editions d’en Bas, 566 p.


«Est-ce qu'on pourrait parler d'autre chose?»

Roz Chast enlumine les pages du New Yorker de dessins délicats à plus-value absurde. Cette artiste habilitée à décrire la «conspiration des objets inanimés» est aussi la fille de George et Elisabeth, enseignants à la retraite, et se retrouve confrontée à cette épreuve que sont la grande vieillesse et l’inexorable disparition des parents. Dans ce récit graphique très drôle et très triste comme la vie, elle rapporte les étapes de la déchéance physique et mentale, évoque les affres du désencombrement, les soucis pécuniaires qu’impliquent les soins, le chagrin et l’exaspération. Un livre consolateur d’une portée universelle. (A. Dn.)

Roz Chast, « Est-ce qu’on pourrait parler d’autre chose? », Gallimard, 236 p.


DVD

«Mr Sloane», un loser magnifique

Sans exagération, Mr. Sloane constitue un cadeau parfait. Une série délicieuse, qui peut plaire à tout le monde sans perdre sa personnalité. Une fiction fraîche et mordante, évitant le cynisme qui pourrait guetter avec un tel thème, les jours et nuits d’un pauvre gars. Et une offrande de Noël économique, c’est un modeste DVD proposant sept épisodes de 23 minutes.

Ce bijou d’humour britannique est dû à… un Américain. Robert B. Weide a été producteur de Curb Your Enthusiasm et de documentaires, notamment un travail sur Woody Allen. Pour la BBC, prenant la vague de fictions années 1960 (The Hour) il a façonné ce personnage finalement touchant, Jeremy Sloane «avec e, comme Sloane Square», doit-il toujours préciser.

Cela se passe en décembre 1969. 10 ans auparavant, Ross, le beau parleur de ses trois amis, avait prédit une décennie marquante. Sloane (Nick Frost, vu dans Shaun of the Dead) a épousé Janet (Olivia Colman, l’inspectrice de Broadchurch), la vie a été belle, il s’est plu dans son métier de comptable. Puis Janet l’a quitté, il a perdu sa place. Le feuilleton le montre d’abord atteint de tendances suicidaires – avant d’aller siroter une canette de brune avec le trio de toujours. Il s’essaie à l’enseignement, ce qui ne lui convient pas pleinement. Il rencontre une jolie Américaine qui lui fait tourner la tête – fera-t-elle tourner sa vie? Et puis, on le suivra à Noël et Nouvel An, pour mieux coller avec ce moment de l’année. Cadeau parfait, disait-on. (Nicolas Dufour)

 «Mr Sloane», série créée par Robert B. Weide, Montparnasse



«Dix pour cent»

Le patron de l’agence meurt brutalement, et voici que le business est à refaire. Dans l’allégresse, ou presque. Fiction enlevée basée au cœur d’une agence artistique, Dix pour cent conte les aléas du spectacle, les actrices trop âgées, ou pas assez, les interprètes qui se détestent ou non… Inspirée par les souvenirs de l’agent Dominique Besnehard, élaborée par Cédric Klapisch, cette série bénéficie d’une brochette d’invités dont Cécile de France, Line Renaud, Julie Gayet et Joey Starr. Un cadeau sans risque, pour la comédie. (N. Du.)

«Dix pour cent», série créée par Fanny Herrero, France Télévisions.



«The X-Files, l'intégrale»

Mulder et Scully défient les décennies. Apparus en 1993, pour des aventures jusqu’en 2002, ils reviendront le 24 janvier en six épisodes attendus avec multiples frémissements. Et d’ici là, le 8 décembre, le feuilleton extraterrestre sort en Blu-ray. La haute définition pour défier le temps. A Neuchâtel cet été, Chris Carter s’est dit confiant dans le résultat, assurant que la série, tournée dans les conditions du cinéma, est prête à ce changement d’échelle qualitatif. Et trouve son écrin-cadeau pour le futur. (N. Du.)

«The X-Files», série créée par Chris Carter, Fox.



«The Leftovers»

The Leftovers ne s’offre pas à l’aveugle. La série est sombre, voire torturée; elle conviendra à des amateurs du genre prêts à s’aventurer pour rencontrer… un chef-d’œuvre. Créé par Damon Lindelof (Lost) et Tom Perrotta d’après un roman de ce dernier, le feuilleton, servi par une superbe musique de Max Richter, raconte les suites d’une disparition collective. 2% de la population se sont éclipsés. L’histoire commence trois ans plus tard, évoquant les béances causées par ce drame. Une exploration de l’Amérique dans ses divisions intimes. (N. Du)

«The Leftovers», série créée par Damon Lindelof et Tom Perrotta, Warner.



«Vice-Versa»

On a tous un jour imaginé le petit peuple qui habite notre tête. Woody Allen l’avait mis en situation de surtension sexuelle (Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe sans jamais oser le demander). Plus familial, Pixar l’observe dans le crâne d’une jeune personne en proie aux affres de l’adolescence. Vice-versa, c’est une merveille d’humour et de trouvailles comme seul le studio d’animation 3D sait en faire. (E. GD.)

« Vice-Versa », film d'animation de Pete Docter, Ronnie del Carmen/Pixar Animation Studios, Walt Disney Pictures.


JEUX VIDEO

Le mystère de la chambre close

Un vrai bon jeu de réflexion qui rappellera des souvenirs aux nostalgiques de «Myst». Sous le dôme d’un télescope, vous découvrez une carte du ciel. Vous poussez trois boutons et découvrez un disque, qu’il s’agit de connecter à un astrolabe posé sur une table un peu plus loin. L’assemblage révèle la constellation du dragon. Laquelle débloque un nouveau puzzle à résoudre. The Room, rappellera aux nostalgiques de Myst ces grands moments de solitude ludique où le bruit du vent et les grincements des mécaniques faisaient alors office d’uniques compagnons.

Créée il y a deux ans par le studio anglais Fireproof Games, la série vient de voir arriver un troisième épisode plus riche et plus ambitieux que les précédents. Le principe, lui, reste le même: résoudre des dizaines d’énigmes pour échapper d’un lieu dans lequel un fou furieux vous a embastillé. C’est beau et servi par une ambiance sonore juste ce qu’il faut d’anxiogène. Découpé en chapitres, vous avancez ainsi sans trop de difficultés dans cette histoire qui mêle ésotérisme, créatures chtoniennes et téléportation. Et lorsque vous séchez, le jeu magnanime vous accorde des indices pour continuer. Ah oui, The Room est surtout jouable sur n’importe quels smartphones et tablettes, pour autant que le modèle ne soit pas trop ancien, l’affichage nécessitant des ressources graphiques importantes. (Emmanuel Grandjean)

The Room 1, 2 et 3, pour tablettes et smartphones (iOs et Android).


 «Life is Strange»

C’est l’histoire d’une adolescente capable de contrôler l’espace-temps, mais de quelques minutes seulement. Et peut ainsi déjouer les drames et les choix qui émaillent déjà sa jeune existence. Développé par le studio français Dontnod Entertainment, l’excellent Life is Strange se découpe en épisodes – au nombre de 5 actuellement – comme une série télé. (E. Gd.)

« Life is Strange », pour PS3, PS4, Xbox 360, Xbox One et PC.


«Fallout 4»

Au milieu des années 50, quelqu’un a appuyé sur le mauvais bouton transformant le Massachusetts en ruine nucléaire. Réveillé 200 ans après la catastrophe, vous êtes donc le héros (ou l’héroïne) post-apocalyptique qui partez à la recherche de votre fils kidnappé deux siècles auparavant. Quatrième volet de la saga Fallout, Fallout 4 reste ce jeu d’aventure où il faut remplir des missions pour atteindre son but. Si la claque annoncée n’est pas forcément au rendez-vous, Fallout 4 reste un bon divertissement numérique qui vaut surtout pour son ambiance vintage. (E. Gd.)

« Fallout 4 », pour PC, PS4 et Xbox One.


 «Hearthstone»

Réussir à faire le buzz avec un jeu de cartes pour écran mobile? C’est le pari remporté par Blizzard, l’éditeur de Hearthstone qui voit, depuis 2014, les gamers taper le carton. Basé sur l’univers de World of Warcraft (l’autre succès de l’éditeur américain), les parties s’enchaînent, stratégiques et rigolotes. Gratuit à la base, le jeu s’augmente régulièrement de paquets de cartes qui s’achètent ou se gagnent. (E.Gd.)

Hearthstone, pour smartphone, et tablette (iOS et Android), PC et Mac.

En panne d'idées pour vos cadeaux de Noël? «Le Temps» vous en propose une liste sélectionnée par la rédaction.

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