En panne d'idées pour vos cadeaux de Noël? «Le Temps» vous en propose une liste sélectionnée par la rédaction.

CLASSIQUE

1. Elisabeth Schwarzkopf, un coffret pour une voix d'or

Warner Classics rassemble en un coffret de 31 CD tous les récitals de la soprano gravés en microsillons pour la firme HMV, dans les années 1950-1970. Après Callas, Schwarzkopf. Warner Classics regroupe en un coffret de 31 CD tous les récitals gravés en microsillons pour la firme HMV. Cette somme est le témoin d’une tranche d’histoire, d’une façon de chanter qui n’existe plus. On sait que ces trente-trois tours ont été réalisés avec le plus grand soin par le mari d’Elisabeth Schwarzkopf, Walter Legge, célèbre producteur de disques. Les voici remastérisés, glissés dans des pochettes vintage, avec le programme original de chaque LP (d’où des minutages un peu courts).

Elisabeth Schwarzkopf a eu la sagesse de ne pas s’aventurer dans des rôles trop lourds. Les opéras en version complète (Les Noces de Figaro, Così fan tutte, Le Chevalier à la rose, etc.) n’y sont pas. Mais plusieurs récitals sont devenus légendaires, à commencer par cet album Mozart enregistré en 1952 avec Sir John Pritchard qui rassemble les grands airs de la Comtesse, Donna Anna et d’autres. On y retrouve son timbre diamantin, cette féminité qui se fait désirer tout en gardant un soupçon d’arrogance. Autres joyaux: la scène finale de Capriccio de Strauss sous la baguette d’Otto Ackermann (couplés aux Vier Letzte Lieder première manière), ces extraits d’Arabella dirigés par Lovro von Matačić. L’opérette viennoise lui allait comme un gant.

Mais c’est dans le lied (part importante de son legs au disque) que la grande dame mettait en valeur son goût du verbe. On y retrouve ce chant d’un chic aristocratique, aux inflexions multiples, entre naïveté habilement feinte et ironie parfois glaçante chez Hugo Wolf. On savoure ce timbre unique, aux irisations subtiles, se parant de teintes de plus en plus mordorées avec l’âge. Bien sûr, cette école de chant peut paraître un peu datée aujourd’hui (l’affectation et le trop-plein d’intentions, comme si elle jetait un sort à chaque note), mais quelle ligne de chant et quelle beauté du timbre!

La remastérisation (certes moins spectaculaire que pour l’édition Callas) ajoute un peu de présence à la voix et de profondeur aux orchestres qui l’accompagnaient. Un essai d’André Tubeuf et deux récitals live (dont le célèbre concert d’adieu de Gerald Moore en 1967) s’intègrent au coffret. Un trésor pour l’éternité. (Julian Sykes)

«Elisabeth Schwarzkopg. The Complete Recitals 1952-1974», 31 CD, Warner Music.


 2. «Mozart: The Weber Sisters»

Vantée comme la nouvelle Natalie Dessay (c’est pratique, ça fait vendre), Sabine Devieilhe a sa couleur de voix à elle. Le timbre est frais, lumineux, avec une certaine insolence dans l’aigu. Son air de la Reine de la Nuit est un tour de force (ce qui n’empêche pas d’y mettre des nuances), mais on admire aussi ces contre-sols dans «Popoli di Tessaglia». Entre vocalises stratosphériques et fruité gracieux, la soprano colorature nous emmène au cœur de la féminité mozartienne. (J. S.)

Mozart : The Weber Sisters, Sabine Devieilhe, Raphaël Pichon, Pygmalion. Erato / Warner.


 3. «Mozart: Keyboard Music, Vol. 7»

Toujours Mozart, mais sur un pianoforte. Oui, c'est un instrument qui a mauvaise presse, qu'on dit terne, faiblard, handicapé par sa mécanique. Kristian Bezuidenhout prouve le contraire. Il ouvre tout un kaléidoscope de couleurs au sein de l'infiniment délicat. On découvre une façon de « parler » le langage mozartien ponctuée de contrastes surprenants. Longs trilles suspendus, ruptures de tempo, ornements à l'élégance rococo (qu'on jugera maniérés ou pas): un retour aux sources détonant. (J. S.)

Kristian Bezuidenhout, « Mozart : Keyboard Music, Vol. 7 », Harmonia mundi.


4. «Sokolov: The Salzburg Recital»

Grigory Sokolov n’aime pas l’ambiance clinique des studios d’enregistrement. Une fois tous les dix ans, le pianiste russe daigne qu’un live soit publié − ici un récital de l’été 2008 au Festival de Salzbourg. Le toucher est cristallin, hyperarticulé, dans deux sonates de Mozart aux tempi contrastés (les Adagios très modérés). On y trouve aussi les 24 Préludes
de Chopin, forcément subjectifs, au rubato assez libre, entre emportements fiévreux et introspection presque lunaire. (J. S.)

« Sokolov : The Salzburg Recital - Mozart : Sonates K. 280 et 332. Chopin : 24 Préludes op. 28 », Deutsche Grammophon /Universal.


 5. «Nelson Goerner: Chopin»

Tout chaud dans les bacs et récompensé d’un Diapason d’or très mérité, le dernier disque de Nelson Goerner est une ode à Chopin. Polonaise Op.44, Berceuse Op.57, Barcarolle Op.60 et 24 Préludes Op.28: le pianiste argentino-genevois touche à un équilibre rare entre l’affect et l’esprit. Elégance, tendresse, puissance et style trouvent sous ses doigts inspirés et rigoureux le chemin d’une nouvelle liberté. (Sylvie Bonier)

Nelson Goerner, «Chopin», Alpha-Classics.


6. «Ravel: Daphnis et Chloé, La Valse»

On l’attendait dans ce répertoire. L’Opéra de Paris révèle son chef sur deux ouvrages majeurs de Maurice Ravel, après un enregistrement où le Boléro était entouré de Debussy et Stravinski et 2013. Cette fois, Daphnis et Chloé, avec des chœurs maison clairs et charnels, et la Valse révèlent Philippe Jordan et l’orchestre de l’Opéra à leur meilleur de limpidité, de brillance, de grâce et de puissance. (S. Bo.)

Philippe Jordan, « Maurice Ravel : Daphnis et Chloé, La Valse », Erato.


7.«Kopatchinskaja: Take Two»

C’est un voyage pour deux instruments. Violon et… électronique, clavecin, piano d’enfant, ocarina, darbuka, guitare, voix…. La dernière digression musicale de Patricia Kopatchinskaja est un étonnant kaléidoscope de 24 pièces en duo, du XIVe siècle à nos jours, pour faire chanter, crier, rugir, rire, rêver, pleurer, couiner, danser, grincer et rayonner le violon. Bref, décrasser les oreilles classiques. (S. Bo.)

«Take Two», Alpha Classics.


8. «Bach,  Beethoven - Quasi una Fantasia»

Pour son premier enregistrement, la pianiste genevoise Audrey Vigoureux impose un style, un son, une personnalité. Entre Beethoven (Sonates «Quasi une Fantasia“ et Op. 111) et Bach (Fantaisies et fugues BWV 904 et 906), elle tisse des liens d’une délicatesse infinie et d’un tempérament bouillonnant, sur une variété de toucher saisissante. Ferveur, rêverie brûlures et subtilité: du grand piano. (S. Bo.)

Audrey Vigoureux, « Bach,  Beethoven - Quasi una Fantasia », Harmonia Mundi.


9. «La discothèque idéale de Diapason»

L’idée est astucieuse: soumettre des enregistrements historiques d’œuvres de Beethoven (les cinq Concertos pour piano, le Concerto pour violon, les Ouvertures, Fidelio et les Messes) à un panel d’interprètes et de critiques pour qu’ils sélectionnent leurs interprétations favorites. Le choix d’Alfred Brendel, de Benjamin Grosvenor ou de Gidon Kremer? Certaines versions sont légendaires, d’autres à découvrir. Les prises de son ont beau être très variables, parfois précaires (de 1930 à 1976!), on en retire tant d’émotion que c’est un enchantement. (J. S.)

« La discothèque idéale de Diapason, vol V . Beethoven : Concertos / Ouvertures / Fidelio /Messes », 13 CD Mondadori.


JAZZ ET ROCK

10. ElectoBach

Nicolas Godin adapte le compositeur baroque dans un splendide album de musique douce. Moitié du duo d’électro française AIR, Nicolas Godin se lance pour la première fois en solo. La faute à Jean-Sébastien Bach chez qui le musicien de Versailles a découvert des sonorités contemporaines. Et pourquoi le Kapellmeister de Leipzig plutôt que Mozart ou Beethoven? Pour le bassiste, il y a chez lui une approche ludique de la musique, une manière universelle et atemporelle d’arranger les notes. Au point de pouvoir transposer en 2015 et en toute liberté des partitions vieilles de 250 ans. Avec l’aide de Vincent Taurelle, arrangeur et baroqueux, voici donc ce disque de Bach revisité et intitulé Contrepoint. Nicolas Godin enclenche la machine à transformer le temps avec une fugue électro qui vous ramène à l’époque où vous écoutiez les bleeps synthétiques de votre Commodore 64. Le voyage se poursuit avec un hommage aux musiques de film (celles de Lalo Schifrin notamment), à la chanson italienne des sixties et un slow sexy dont les voix feulent la chorale Widerstehe doch der Sünde. Comme quoi, l’esprit d’AIR n’est jamais très loin. (Emmanuel Grandjean)

«Contrepoint», Warner Music.


11. «Sarah McKenzie: We Could Be Lovers»

Crier au génie à l’apparition de chaque nouvelle voix féminine est le tic, clairement contre-productif, du moment: combien de fois la montagne a-t-elle accouché d’une (jolie) souris essoufflée au deuxième tour de piste! On prend le risque de prédire à Sarah McKenzie un avenir plus radieux. L’Australienne signe, pour ses débuts sur le label de légende Impulse, un premier disque tout simplement exquis. Un CD concis, sans coup de bluff ni chantage au joli minois, qui se clôt sur la… deux millième version de «Moon River», certainement pas la moins poétique. (Michel Barbey)

Sarah McKenzie: «We Could Be Lovers», Impulse/Universal.


12. «Miles Davis At Newport»

Pas sûr que les fans de «Round Midnight» soient aussi ceux de «Bitches Brew», que cet insécable coffret propose/impose pourtant à tous (on parle de ceux qui auront la bonne idée de l’acquérir avant qu’il ne devienne collector). C’est l’une des raisons qui en font le cadeau idéal pour public décoincé: cette façon d’enjamber sans sectarisme les époques et les styles, en concentrant dans un même flacon l’ivresse de toutes les apparitions du trompettiste au célébrissime Festival de Newport, révèle sous ses avatars la part de permanence du plus déroutant des Protée du jazz. M. B.

Miles Davis : « At Newport 1955-1975», coffret 4 CD Columbia/Sony.


13. «Monk: The Lost Files»

Ils ont bien compris qu’il suffisait de chahuter un peu les compositions de Monk, et elles ne demandent que ça, pour les renouveler quasiment à l’infini. Après, c’est une question de bon goût et de pertinence dans la relecture, et le quartette Penn Station (on y a reconnu un nouvel épisode des aventures du batteur Clarence Penn) n’en manque pas. C’est parfois un peu bavard, à l’image d’un XXIe siècle où Monk aurait eu toutes les peines à imposer son swing ascétique, mais on en sort rassuré sur l’actualité de son héritage. M. B.

Clarence Penn & Penn Station:  « Monk : The Lost Files », Origin/Musicora.


14. «Au cœur de Téléphone»

Dans le sillage d’une récente reformation, incomplète mais surmédiatisée, sous le patronyme de Insus, l’un des groupes rock français les plus populaires se voit enfin coffré. Cette première intégrale, en dix CD ou vinyles, regroupe cinq albums studio remastérisés, deux enregistrements live et trois disques bonus truffés d’inédits issus de maquettes courant de 1977 à 1984. Un luxueux livret de photos et memorabilia complète l’exhumation. (Olivier Horner)

«Au cœur de Téléphone», 10 CD, Warner Music.