En panne d'idées pour vos cadeaux de Noël? «Le Temps» vous en propose une liste sélectionnée par la rédaction.

Notre choix en photographie

Que la montagne est belle!

Plusieurs ouvrages tournent autour des cimes, dont le très beau «Face à face», de Maurice Schobinger et Pierre Abramowski

Se planter face à une montagne, entre la base et le sommet, et admirer son flanc. Avoir l’impression de ne l’avoir jamais vue ainsi. Puis se retourner et observer le paysage vis-à-vis. C’est le joli voyage que proposent Maurice Schobinger et Pierre Abramowski. Les deux hommes, l’un photographe et l’autre guide, ont sillonné les Alpes à hauteur d’hélicoptère, de 2013 à 2015. En Haute-Savoie, en Valais et dans la région bernoise, ils ont approché les cimes mythiques et confronté les reliefs. Au fil des pages, l’Aiguille du Midi, le Mont-Blanc, le Cervin, la Dent Blanche ou la Jungfrau se dévoilent de manière inédite face à un lecteur minuscule. La lumière, voilée par les nuages d’altitude, accentue la multitude de détails dans la paroi. Chaque montagne apparaît en majesté sur une page de droite; à gauche en plus petit, le territoire d’en face et une fiche signalétique du sommet. C’est une vision à la fois grandiose et intime des pics qui nous entourent. Un inventaire, aussi, de l’état des neiges et des glaciers avant la grande fonte annoncée. Avec leurs Carnets des Andes, les éditions Slatkine, elles, rendent hommage à Frédéric et Dorly Marmillod, grimpeurs et aventuriers suisses du XXe siècle. En 1938, le jeune couple s’installe à Buenos Aires; ce sera le début d’une exploration patiente des montagnes alentour. Dorly Marmillod est la première femme à gravir les principaux sommets andins: Pic Bolivar, Sierra Nevada, Aconcagua, Juncal… Photographies d’époques et nombreuses citations des époux ponctuent le récit de Marc Turrel, sur fond de montée du nazisme et de déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. En 1959, la famille quitte l’Argentine. En 1978, après plus de quarante ans de varappe en amoureux, le couple s’endort sur le glacier d’Hérens. Au rayon des montagnes encore, non pas un livre mais une exposition, juste pour le plaisir: les très belles photographies pixelisées et retravaillées à l’encre de Chine de Marc de Francesco, à la Galerie Davel 14, à Cully. (Caroline Stevan)

 «Face à face», Maurice Schobinger et Pierre Abramowski, éditions Noir sur Blanc, 112 p.

«Frédéric et Dorly Marmillod, Carnets des Andes 1938-1958», éditions Slatkine, 190 p.

«Affaires privées»

Un cavalier ayant commandé des bottes sur mesure qui ne lui vont pas ou un petit-fils souhaitant se débarrasser du cercueil de sa grand-mère finalement incinérée. Thierry Bouët a sillonné la France à la rencontre de vendeurs d’objets insolites sur leboncoin.fr. A côté de chaque portrait soigneusement mis en scène, un texte raconte l’origine de la pièce et pourquoi son propriétaire veut la céder. De fascinantes histoires, présentées à l’occasion des dernières Rencontres photographiques d’Arles. (C. ST.)

Thierry Bouët, «Affaires privées», Editions Xavier Barral, 128 p.


«Foley Objects Book»

Un chariot métallique plié au-dessus du mot «lit». Un sac de céréales estampillé vagues. Une ceinture de cuir associé au champagne. La Finlandaise Jonna Kina a photographié les accessoires des bruiteurs de cinéma et légendé les images avec le son qu’ils produisent. Dans une esthétique très contemporaine – vues frontales sur fond blanc, l’inventaire est à la fois instructif, poétique et absurde, selon le vagabondage de l’esprit. (C. ST.)

Jonna Kina: «Foley Objects Book», Kehrer Verlag, 60 p.

Un livre à déplier

C’est une carte routière sans routes. En «couverture», elle porte bien un numéro et le nom d’un lieu, mais une fois dépliée (100 x 155cm), c’est un reportage photographique. La balade de Batman au Texas, imaginée par Rémi Noël, éditeur de la collection «This is not a map», les concours de miss en Wallonie, par Clément Huylenbroeck ou les spectateurs du Tour de France croqués par Gilles Leimdorfer. Un cadeau peu cher, à consulter de temps en temps, ou à afficher comme un joli poster. (C. ST.)

www.thisisnotamap.com

Nouveaux dico de la photo

«Après plus de dix ans de travail, Nathalie Herschdorfer publie un Dictionnaire de la photographie à La Martinière (version anglaise chez Thames & Hudson). Avec 1200 notices et 300 illustrations, l’ouvrage tient à la fois du beau livre et de l’encyclopédie. Très complet, il présente les grands photographes, les techniques, les théories, les genres ou les formats. Taschen de son côté réédite Photographes de A à Z en tout petit format (collection anniversaire pour ses trente ans). (C. ST.)

Nathalie Herschdorfer, Le Dictionnaire de la photographie, La Martinière, 448 p.

Photographes de A à Z, Taschen, 640 p.

Genève célébrée

Observer une vue de la Rade en 1880 et avoir l’impression de pouvoir emprunter le pont. Se perdre dans l’atelier de Fred Boissonnas, en 1877, entre les sièges et les appareils photographiques. Ou se promener entre les jets d’eau de la place des Nations, comme si c’était aujourd’hui. Genève en relief & autres faits divers offre une balade à travers les temps et en relief. Des images stéréoscopiques anciennes côtoient les contemporaines de Clément Lambelet. Fourni avec des lunettes 3D, le livre est garni d’extraits du Journal de Genève. La Cité de Calvin est également le thème de l’ouvrage publié par la Ville suite à l’exposition Vis-à-vis, une enquête photographique à travers les quartiers. Huit photographes et huit regards, ultra-contemporains cette fois. (C. ST.)

Genève en relief & autres faits divers, Nicolas Crispini, Clément Lambelet, Editions Slatkine, 176 p.

Dérives urbaines, Elisa Larvego, Emmanuelle Bayart, Magali Dougados, Patrick Lopreno, Aurélien Bergot, Nicolas Schopfer, Julien Gregorio, Carole Parodi, Boabooks, 218 p.

«Des photos à lire et à compter»

A la lettre B, «comme Bicyclette», figure le portrait d’un vélo militaire au gélatino-bromure d’argent. A la lettre D, «comme Doudou», celui de Geneviève de Jongh, photographiée avec son ours en peluche par les ateliers éponymes vers 1925. Le Musée de l’Elysée publie son premier ouvrage pour enfants, un abécédaire nourri des images de la Collection iconographique vaudoise doublé d’un livre à compter. Pour illustrer les chiffres, des vues de montagne avec 0, 1, 2 ou 9 alpinistes. (C. ST.)

Des photos à lire et à compter, Editions du Musée de l’Elysée, 80 p.


La Suisse en couleur

En 1907, les frères Lumière présentent et industrialisent le procédé de l'autochrome. Dans la revue Photography, Alfred Stieglitz écrit: «Bientôt, le monde sera fou de couleurs et ­Lumière en sera responsable». Le Musée gruérien de Bulle expose pour quelques semaines encore les premières photographies en couleurs de la Suisse. Un livre passionnant accompagne la manifestation et documente la pratique. Nicolas Crispini, Christophe Mauron et Christophe Dutoit en signent les textes. (C. ST.)

 Fous de couleur, Editions Alphil, 216 p.


La drôle de vie de Nadar

De la naissance de Gaspard-Félix Tournachon le 6 avril 1820 à Paris à la mort de Nadar en 1820, «Les Mémoires d'un géant» retracent le parcours d’un génial touche-à-tout. Composée de textes savoureux rédigés par le photographe (récits et lettres), de caricatures et de clichés, cette (auto)biographie rappelle que Nadar fut le premier photographe aérien, souterrain et sous-marin, un dessinateur hors-pair et un pionnier de l'aéronautique. (C. ST.)

Michel Christolhomme, Félix Nadar, Mémoires d’un géant, Delpire, 250 p.

«Rhodanie»

Dans un véhicule équipé d’une nacelle élévatrice, Bertrand Stofleth a longé le Rhône, du Valais à la Méditerranée. En 90 images réalisées à la chambre, il donne à redécouvrir des territoires connus. Avec la hauteur d’un spectateur au premier balcon, Bertrand Stofleth pointe les apparitions incongrues et enregistre les rencontres improbables. (C. ST.)

Bertrand Stofleth, «Rhodanie», Actes Sud, 160 p.


Nos choix en design et architecture


Les 15 ans qui ont changé Genève

Les architectes genevois Jean-Marc Lamunière et Philippe Meier publient un guide de référence sur l’architecture récente dans la cité

Dans l’œuvre de Jean-Marc Lamunière, ce petit livre boucle une boucle. Après avoir publié un ouvrage sur le bâti genevois entre 1919 et 1975, un deuxième sur les années 1976-2000, voici donc celui consacré à l’architecture à Genève au XXIe siècle. Cosigné avec l’architecte et enseignant Philippe Meier, ce livre de poche montre ainsi l’attachement de Jean-Marc Lamunière à sa ville, son goût pour la recherche et la transmission pédagogique (il est le cofondateur de l’Institut de théorie et d’histoire de l’architecture à l’EPFL). Il vaut aussi comme un ultime héritage, l’architecte genevois ayant brutalement disparu peu de temps après la sortie du bouquin, à l’âge de 90 ans.

L’architecture à Genève XXIe siècle, veut ainsi montrer comment, depuis les années 1990, le projet genevois a gagné en qualité, à la fois par le concours d’architectes du cru et de toute la Suisse, mais aussi par celui de signatures internationales. Philippe Meier et Jean-Marc Lamunière ont ainsi retenu 66 réalisations qui répondent aux critères de base du bon bâti: cohérence de la forme, de la matière, de la fonction, de la lumière, intégration et esthétique. Ils les ont ensuite classés par genre (logements individuels, bâtiments administratifs, logements collectifs, musée, patrimoine historique et moderne), chaque édifice profitant d’une double page de présentation.

On retrouve ainsi le pont Hans Wildorf du bureau Brodbeck et Roulet, la rénovation par Christian Dupraz du Conservatoire du Jardin botanique construit par Jean-Marc Lamunière, le nouveau Musée d’ethnographie des Bernois Graber et Pulver, l’immeuble tout en verre de Serono par les Américains Murphy/Jahn mais aussi la renaturisation de l’Aire par Georges Descombes. Un guide de référence d’une ville en train de se construire. (Emmanuel Grandjean)

Jean-Marc Lamunière et Philippe Meier, « L'architecture à Genève XXIe siècle, » InFolio, 356 p.

«Domus 1950's»

En 1928, le designer et architecte italien Gio Ponti lance Domus, magazine de style dans une société chamboulée par la modernité. L’influence du périodique touchera tous les arts appliqués, jusqu’à la cuisine. Au point de perdurer aujourd’hui encore auprès des designers du monde entier. Taschen poursuit la réédition des meilleures feuilles du mensuel mythique en compilant les publications des années 50. Délicieusement vintage. (E. GD.)

Charlotte et Peter Fiell, « Domus 1950's », Taschen, en français, allemand, italien et anglais, 896 p.

«Do It Yourself»

Ça vous dirait de vous éclairer avec une lampe de Jean-Marie Massaud? Ou d’écouter la playlist de votre smartphone sur une station sonore nomade signée Konstantin Grcic? Journaliste design au Suddeutsche Zeitung Magazin, Thomas Bärnthaler a réuni 50 objets faciles à faire, sans être non plus un as du bricolage, dessinés par le top de la création d’aujourd’hui, de Nitzan Cohen à Ai Weiwei. Et d’un coup, le designer, c’est vous. (E. GD.)

Thomas Bärnthaler, « Do It Yoursel », Phaidon, en anglais, 224 p.

 «Robert Piguet, un prince de la mode»

C’est l’histoire d’un jeune vaudois, passionné de mode depuis l’enfance, qui monte à Paris ouvrir sa maison de haute-couture en 1933. Salué par Christian Dior, Robert Piguet va former Hubert de Givenchy et Pierre Balmain. En 1951, la maladie le pousse à abandonner le métier. Il décède deux ans plus tard. Signé par Jean-Pierre Pastori, un livre retrace le parcours d’un créateur qui cultivait chez les élégantes le charme discret de la bourgeoisie. (E. GD.)

Jean-Pierre Pastori, « Robert Piguet, prince de la mode », Bibliothèque des Arts, 131 p.

«Le Corbusier»

L’exposition de son œuvre au Centre Pompidou cette année a réveillé ce Le Corbusier ambigu, tiraillé en son sens de la mesure et ses errances idéologiques. Les Editions Textuel ressortent Le Corbusier. La planète comme chantier sorti il y a 10 ans sous la direction de Jean-Louis Cohen. Un ouvrage clair et didactique qui va de la naissance à la mort de l’architecte suisse et où les grands travaux internationaux servent de fil rouge. (E. GD.)

Jean-Louis Cohen, « Le Corbusier. La planète comme chantier », Textuel, 244 p.

«Ettore Sottsass»

Designer milanais et initiateur du mouvement Memphis en 1980, Ettore Sottsass a durablement marqué l’histoire des formes modernes. Les Editions Phaidon publiaient en fin d’année dernière, et sous la direction de l’historien de l’art genevois Philippe Thomé, cet impressionnant ouvrage en hommage à son œuvre. Ni tout à fait chronologique, ni vraiment biographie, mais riche de documents inédits et de 800 illustrations, la somme ressemble à son sujet: foisonnante et inventive. (E. GD.)

Philippe Thomé, « Sottsass », en anglais, Phaidon, 500 p., 800 illustrations

«Jutaku: Japanese Houses»


Au Japon, le terrain ayant davantage de valeur que l'objet posé dessus, l'architecture y est en perpétuel mouvement. Un flux du bâti astucieux et minuscule, le place y est aussi comptée, qui inspire la blogosphère stylée et Naomi Pollock. Architecte américaine vivant à Tokyo, elle sort chez Phaidon ce bouquin essentiellement illustré de mini baraques nippones. (E. GD)

Naomi Pollock, Phaidon, 512 p., 500 illustrations couleurs