En panne d'idées pour vos cadeaux de Noël? «Le Temps» vous en propose une liste sélectionnée par la rédaction.

Essais

1. La palette poétique d'Arthur Rimbaud

Un seul livre par an et, chaque fois, un trésor de la littérature universelle magnifiquement illustré afin de faire dialoguer le texte et l’image. Après L’Apocalypse de Saint-Jean, le Ramayana, Le Dit du Genji, et l’Eloge de la folie d’Erasme, les Editions Diane de Selliers publient la trilogie rimbaldienne: les Poésies, Une Saison en enfer et les lluminations, cent vingt textes en vers et en prose composés par l’homme aux semelles de vent entre 1870 – il avait alors 16 ans – et 1875, l’année où il se retira dans le silence. Belle occasion pour se replonger dans une œuvre de bout en bout visionnaire, chevillée à l’absolu sous le double signe de la révolte et du «dérèglement de tous les sens».

Et si Rimbaud, génie de l’image fulgurante, disait vouloir «se faire voyant» en toutes choses, quoi de mieux que la peinture pour donner à voir l’incandescence de son écriture? Dans ce livre, tous ses poèmes sont donc accompagnés de tableaux – près de deux cents – qui leur donnent une nouvelle intensité, moins pour les illustrer que pour les éclairer de l’intérieur en tissant des correspondances suggestives. Kupka pour l'«Alchimie du verbe». Redon pour «Ma bohême». Picasso pour «Le dormeur du val». Rothko pour «L’éternité». Luigi Russolo pour «Sensation». Ferdinand Hodler pour «Les poètes de sept ans». Mondrian pour «Chanson de la plus haute tour». Paul Klee pour les «Voyelles». Turner pour «Le bateau ivre». Munch, Cézanne, Mason, Ensor ou Schiele pour Une Saison en enfer.

D’une toile à l’autre, entre l’impressionnisme et le surréalisme, le fauvisme et le cubisme, on retrouve ce que, à propos de la poésie rimbaldienne, Dominique Noguez appelle «un mouvement affolé de sismographe», avec des tonalités différentes pour chaque époque de sa vie, les verts primesautiers de l’adolescence, les rouges crépusculaires des périodes tourmentées ou les ocres flamboyants des ivresses de chaque instant. Un ouvrage superbe, où le poème devient peinture. Où les mots éclatent en images et où les images réinventent les mots au terme d’une miraculeuse alchimie. (André Clavel)

« Poésies / Une saison en enfer / Illuminations A la lumière de la peinture moderne au tournant du XXème siècle » Un volume relié sous coffret. Préface de Stéphane Barsacq, Éditions Diane de Selliers, 432 p.


2. Petit Lexique des belles erreurs de la langue française

«Ceci est un médicament, lisez attentivement la notice d’emballage.» A force d’être martelé de cette formule alambiquée, on oublie qu’elle découle de la Packungsbeilage fédérale. Voilà un exemple de ces fiches que les membres de l’Association suisse des journalistes francophones reçoivent depuis 1997. Il y en a 299 autres dans cet ouvrage qu’illustrent les baroques Plonk & Replonk. Alors dites «notice», point. (Olivier Perrin)

"Petit Lexique des belles erreurs de la langue française (et de Suisse romande)", 300 contresens, barbarismes et autres erreurs choisis et commentés par des amoureux des mots. Ed. Loisirs et pédagogie, 276 p.


3. Ô nuit, Ô mes yeux

Retrouver ou découvrir les idoles du Moyen-Orient, Asmaham, Oum Kalthoum, Farid El Atrache, Samia Gamal, Fairouz, Abdelwahab et beaucoup d’autres. Lire et voir une histoire de cinéma, de politique, d’amour, de paillettes et de drames, grâce aux textes et aux dessins de Lamia Ziadé, qui raconte un siècle de musique et de cinéma oriental du Caire à Beyrouth, en passant par Damas et Jérusalem. Un Orient vibrant de nostalgie, un livre d’une beauté chatoyante. (Eléonore Sulser)

Lamia Ziadé, «Ô nuit, Ô mes yeux», P.O.L, 580 p.


4. Au bonheur des listes

En 1974, Georges Perec tente de dresser l’inventaire de tout ce qu’il a mangé pendant l’année: épuiser le champ du possible, planifier l’existence, fixer ses conditions, ses priorités, déjouer l’oubli, depuis que l’écriture existe, les hommes ont établi des listes. Hilarantes, surréalistes, émouvantes, incongrues, fascinantes, les 125 réunies dans ce volume, souvent en fac-similé, sont un vrai bonheur. (Isabelle Rüf)

Shaun Usher, «Au bonheur des listes», traduit de l’anglais par Claire Debru, Editions
du Sous-Sol, 320 p.


Fictions

5. L'inspecteur Harry Hole

Les deux premières enquêtes du héros de Jo Nesbø mettent en scène un inspecteur très «pacifique», du point de vue géographique, du moins, puisque L’Homme chauve-souris et Les Cafards se déroulent respectivement en Australie et en Thaïlande. Un début d’intégrale qui permet de faire connaissance – ou de retrouver – avec Harry Hole, dans toute la splendeur noire de ses débuts. (E. SR.)

Jo Nesbø, «L’Inspecteur Harry Hole. L’intégrale», Folio policier, 798 p.


6. Notes de ma cabane de moine

«En vérité, tout en ce monde n’est que nuées flottantes». Notes sur la poésie et les poètes, Notes de ma cabane de moine, Récits de l’éveil du cœur, trois petits traités de Kamo no Chômei (1155-1216), réunis dans un beau coffret. L’écrivain raconte un Japon ancien, bouddhique, poétique, si loin, si proche. «Je joue seul, je chante seul, pour mon propre plaisir». Un art de la solitude et de la liberté. (E. SR.)

Kamo no Chômei, «Notes de ma cabane de moine, Notes sans titre, Récits de l’éveil du cœur», Le Bruit du Temps, coffret de trois livres, 78, 220 et 450 p.


7. Les couleurs en images

«Une robe rouge est-elle encore rouge lorsque personne ne la regarde?» demande Goethe. Comme l’auteur du Traité des couleurs, Michel Pastoureau pense que la perception des nuances du spectre varie selon le regard, les époques et les cultures. Depuis des décennies, il reconstruit leur histoire en Occident. Cette fois dans un livre d’entretiens, en grand format (245 x 285), merveilleusement illustré. (I. R.)

Michel Pastoureau et Dominique Sibonnet, «Les couleurs expliquées en images», Seuil, 168 p.