Il y a ceux qui, pour «soigner le mal par le mal», comme on dit, enchaînent les séries catastrophistes. Et il y a les autres, en quête de récits réconfortants, réjouissants et inspirants, histoire de souffler un peu. Ça tombe bien: vendredi, Netflix dévoilait Self Made, une fiction inspirée de la vie de Madam C. J. Walker.

Son nom ne vous dit rien? Pourtant, Madam, c’est un peu la Rockefeller du cheveu, la Carnegie du cosmétique. Née en Louisiane en 1867, juste après l’abolition de l’esclavage, cette Afro-Américaine a bâti seule un empire de produits capillaires, devenant au début du XXe siècle la première femme millionnaire autodidacte des Etats-Unis.

Rêve américain

En quatre épisodes, Self Made: d’après la vie de Madam C. J. Walker suit le schéma classique du biopic librement inspiré de faits historiques. On suit donc l’ascension de Sarah Breedlove (son nom de jeune fille), de ses débuts laborieux comme blanchisseuse à Saint-Louis à la confection de son produit miracle, destiné à la chevelure des femmes noires, la compétition que lui livrera une rivale, jusqu’à l’essor de sa petite (puis grande) entreprise. Pour Madam, les cheveux sont synonymes de confiance en soi et de pouvoir – et il est grand temps de redistribuer les cartes.

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Si certaines ficelles semblent un peu épaisses, la mini-série évite globalement les travers du feel good sirupeux et du prévisible, avec des personnages nuancés et une bande-son surprenante de modernité. Surtout, elle dépeint sans fard une réalité: celle d’un monde où la beauté n’avait qu’un seul visage, et où être femme, noire et ambitieuse équivalait à une triple pénalité.

On ne pouvait rêver mieux qu’Octavia Spencer (La Couleur des sentiments, Les Figures de l’ombre) pour incarner cette femme d’affaires à l’ambition féroce, bien déterminée à transformer chaque obstacle en opportunité. Habituée des seconds rôles, l’actrice peut enfin prendre toute la lumière. Son charisme est magnétique.

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Certes, Self Made n’est de loin pas la première fiction à conter le triomphe contre l’adversité, la solidarité contre la discrimination. Mais la série parvient à nous transporter ailleurs, à nous plonger, lorsque nous en avons le plus besoin, en plein rêve américain – le rêve de celle qu’on n’avait pas autorisée à rêver.


Self Made: d’après la vie de Madam C. J. Walker. Mini-série en quatre épisodes de cinquante minutes. Dès à présent sur Netflix

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