Polar

Avec «Selfies», Jussi Adler-Olsen déploie toutes les facettes de sa série

Le huitième roman des enquêtes du Département V porte sur les abus dans l’aide sociale, et sur les aspects les plus sombres de la vie de Rose, membre de l’équipe policière

Depuis que Hafez el-Assad parle danois, il est moins drôle. C’est l’une des déceptions, prévisibles, du huitième roman des enquêtes du Département V: Assad, l’assistant syrien de Carl Mørck, l’inspecteur responsable du service des anciens crimes, maîtrise bien mieux la langue de son pays d’accueil que dans les premiers romans. Ainsi, il fait moins de fautes. Pis, il parle moins de chameaux. Une part d’exotisme s’en est allée.

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Des fraudes à l’aide sociale

Jussi Adler-Olsen, celui qui confectionne ces romans prenants et sérieusement troussés, déploie son projet original avec une méticulosité particulière dans ce nouveau roman. Le titre évoque la manie des jeunes femmes des quartiers populaires de Copenhague, maquillées à outrance, en lutte de clans entre branchées et gothiques, et qui s’égo-portraitisent sans cesse – sans faire grand-chose de leurs journées par ailleurs, ce qui exaspère leur référente à l’assistance sociale. Celle-ci décide de les tuer, une par une, en roulant dessus avec une voiture.

Surprise: dans ce nouvel opus de Jussi Adler-Olsen, le fidèle lecteur connaît la coupable dès le début. L’écrivain danois offre cette malice à ses lecteurs, qui fait contraste avec les précédents romans. Au reste, il aborde une thématique sensible, une fois encore, celle de la tension croissante entre les bénéficiaires de prestations sociales et une partie de la population. Nul doute que l’auteur a dû enregistrer quelques critiques dans son pays, avec son approche froide, ses personnages qui fraudent ouvertement pour profiter du filet social. A chaque étape, Jussi Adler-Olsen gratte les facettes du paradis danois, et il le fait avec la cohérence et la lucidité qui lui sont propres.

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On avance dans les ténèbres de Rose

Au reste, le créateur du Département V a un autre thème sur sa liste. Il veut avancer sur les aspects sombres, cachés, de ses personnages. Cette fois, c’est au tour de Rose. La collaboratrice aussi énergique qu’asociale, voire schizophrène, constitue le cœur de ce roman. Elle a une nouvelle crise, plus marquée, et Mørck ainsi que son équipe tentent de comprendre. Jussi Adler-Olsen déploie de cette manière sont talent de feuilletoniste, très proche des structures des séries TV actuelles. Et il y a encore de la ressource. Hormis le fait qu’il parle mieux le danois, le sympathique Hafez el-Assad garde encore ses mystères.


Jussi Adler-Olsen. Selfies. Trad. du danois par Caroline Berg. Albin Michel. 624 p.

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