Livres

Selon James C. Scott, les barbares étaient plus heureux

En revisitant la constitution des premiers Etats de l’histoire humaine, James C. Scott redonne tout leur lustre à nos ancêtres les barbares

Face à deux squelettes de femmes, comment reconnaître celui qui a appartenu il y a 9000 ans à une chasseuse-cueilleuse et celui d’une agricultrice? En observant les déformations des genoux, stigmates des longues heures passées par les sédentaires à moudre le grain en se balançant d’avant en arrière. Racontée à travers cette anecdote, l’évolution d’Homo sapiens vers l’agriculture, la sédentarité et l’Etat ne semble plus tant un mouvement civilisateur qu’une aliénation.

Dans une langue fluide et jamais jargonneuse, le professeur de sciences politiques et d’anthropologie James C. Scott piste, dans différents champs d’études, les indices qui remettent en question notre perception de la création des Etats. On découvre à la lecture de son essai que l’homme n’a pas seulement domestiqué la nature, il s’est aussi laissé domestiquer par elle, que l’Etat sous la forme où nous le connaissons est l’exception et non la règle dans l’histoire de l’humanité et que l’homme modifiait son environnement bien avant le réchauffement climatique.

Un récit qui ne dit pas tout

La première force de ce récit est émancipatrice: il y avait d’autres manières de vivre, il n’existe ni destin ni téléologie. La seconde est épistémologique: même construite à partir de traces factuelles, toute histoire est un récit. Et le récit historique, une fois construit, est d’une telle force qu’il est non seulement extrêmement difficile à défaire, mais qu’il «cache» d’autres éléments, comme les longues périodes sans Etats, dites barbares, qui ont peut-être, si l’on suit l’auteur américain, été notre âge d’or.


James C. Scott
«Homo domesticus. Une histoire profonde des premiers Etats»
La Découverte, 300 p.

Publicité