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La Russie en procès

L’Occident déteste la Russie. Et pour cette raison, ses porte-parole, à commencer par ses journalistes, en donnent une vision constamment biaisée. Surtout lorsque le Kremlin montre une ferme volonté de résistance, comme c’est le cas actuellement avec Vladimir Poutine à sa tête. Telle est la thèse d’un ouvrage publié ces jours sous la plume du journaliste Guy Mettan, double national suisse et russe, et double président du Club suisse de la presse et de la Chambre de commerce Suisse-Russie.

Le premier reproche adressé aux médias occidentaux par Guy Mettan est de pratiquer le «deux poids deux mesures». Soit de se montrer beaucoup plus sévères à l’égard de la Russie qu’à l’égard de n’importe quel pays occidental. Il en donne de nombreux exemples, telle l’intransigeance avec laquelle ces canaux d’information ont traité il y a dix ans la reprise de l’école de Beslan à des preneurs d’otages caucasiens. «Leur premier réflexe a été de mettre en cause le comportement des autorités qui cherchaient à protéger et à libérer les otages, et non celui des terroristes qui avaient pourtant commencé très vite à tuer des enfants», déplore-t-il. C’est comme si un journaliste russe avait suggéré à François Hollande de négocier avec les auteurs du massacre à Charlie Hebdo, poursuit l’auteur. Inimaginable!

La critique est pertinente. Guy Mettan accomplit une œuvre utile en la formulant, comme il régale ses lecteurs en exposant les diverses techniques utilisées dans la sphère politique par les professionnels de la désinformation. Encore faut-il dénoncer le manichéisme sans tomber dedans. Or l’auteur ne parvient pas toujours à éviter le piège. Il assure ainsi que la presse occidentale ne s’interroge «jamais sur la légalité, la légitimité et surtout sur l’efficacité des interventions militaires de l’Occident». Ce qui est faux. L’invasion américaine de l’Irak, par exemple, a été critiquée pendant des années, parfois même dès ses prémices, par un certain nombre de médias des deux côtés de l’Atlantique. La Russie est sans doute moins bien traitée aujourd’hui que les Etats-Unis. Elle n’est pas pour autant la victime unique de toutes les attaques. Et les pays occidentaux ne sont pas systématiquement épargnés.

Cette vision d’une Russie en perpétuelle rivalité avec l’Occident, Guy Mettan la nourrit en lui donnant des origines très anciennes: l’élévation de Charlemagne au rang d’empereur d’Occident face aux empereurs byzantins, eux-mêmes ancêtres des tsars. La thèse est séduisante. Mais elle est non seulement réductrice, elle est aussi dangereuse dans la mesure où elle tend à limiter le poids du présent et à exempter les protagonistes actuels de leurs responsabilités. L’histoire n’explique pas tout. Pour ne prendre qu’un exemple, bien des critiques formulées contre Vladimir Poutine sont basées sur ses actes, et non sur une russophobie millénaire.