Cinéma

Selon «Zootopie», l’animal est un animal sociable

Disney imagine une société dans laquelle nos amies les bêtes à poil vivent en paix

«Le loup et l’agneau paîtront ensemble Le lion, comme le boeuf, mangera de la paille». Esaïe l’a prophétisé, Zootopie l’accomplit. Les instincts carnassiers ont été éradiqués. La panthère et le panda, le tigre et la gazelle déjeunent ensemble au restaurant vegan et ça ressemble au paradis sur terre. Ce qui n’empêche pas quelques menus larcins tels l’excès de vitesse au volant, le vol de géranium ou l’arnaque au sorbet.

Née à la campagne dans une famille (nombreuse!) de lapins cultivateurs de carottes, Judy Hopps a toujours voulu devenir policière. Reçue à l’académie, elle prend le train pour la grande ville: à nous deux Zootopie! La provinciale doit déchanter. Seule femme et seul petit rongeur dans une brigade composée majoritairement de rhinocéros, d’éléphants et de buffles, elle est affectée aux parcmètres. Il va falloir lutter pour faire sa place au soleil. Par chance elle peut compter sur P. Nick Wilde, un fin renard beau parleur.

L’occasion de démontrer ses talents de détective survient lorsqu’une outre disparaît. Le renard et la lapine mènent l’enquête à travers les différents quartiers (désert, toundra, forêt équatoriale) de la ville et découvrent que certains carnivores ont été rattrapés par leur instinct, pauvres gentlemen réduits à l’état de quadrupèdes écumants de fringale assassine…

Zoo en folie

Réalisé par Byron Howard (Raiponce), Rich Moore (Les Mondes de Ralph) et Jared Bush sous la houlette de John Lasseter, le 55ᵉ «Classique d’animation» des studios Disney témoigne de l’esprit Pixar: vivacité de l’animation, insolence des personnages et touche satirique… Ce zoo en folie suscite de jolies astuces graphiques (le bout de la trompe des éléphants semble avoir été conçu pour faire de boules de glace) et joue sur les échelles (Mr. Big, le roi de la pègre, est une musaraigne protégée par des ours polaires)…

Les animaux civilisés n’échappent pas à une forme de déterminisme biologique: le lapin est bondissant, le renard rusé, le buffle ombrageux, le mouton docile… Quoi que… Le scénario ménage un twist souscrivant à la paranoïa ambiante et à la culture du complot selon lequel le lion doit apprendre à se méfier de l’agneau.

Après La Reine des neiges et Les Nouveaux Héros, Disney perpétue avec Zootopie une routine de la perfection graphique et scénaristique, incluant les clichés (le trauma initial de la petite Judy racketée par un vilain petit renard, le provincial dans la ville façon Shérif à New York), ses références (Mr. Big se la joue Marlon Brando dans Le Parrain), l’enthousiasme des policiers (Les Experts: Zootopie…), et l’inévitable recyclage thématique, car c’est dans les vieilles sorbetières que l’ice-cream est le plus goûteux. La terreur ontologique des bêtes pacifiées retournant à la sauvagerie renvoie à L’Ile du Dr. Moreau. Et l’ensemble paraît pompé sur un chef-d’œuvre oublié de la bande dessinée belge, Chaminou et le Khrompire, de Raymond Macherot (1964), dans lequel un petit détective félin enquête sur des cas de cannibalisme.

{deux étoiles}Zootopie (Zootopia), de Byron Howard, Rich Moore et Jared Bush (Etats-Unis, 2016), 1h48.

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