Qu'est-ce qui pousse 500 personnes à venir écouter des écrivains parler du monde et de la littérature? A Lyon, aux 2es Assises internationales du roman, qui se poursuivent jusqu'à dimanche, hommes et femmes, lecteurs passionnés, chassaient la fatigue d'une journée de travail pour être au rendez-vous. Que cherchons-nous ainsi en rompant le dialogue intime et silencieux qui se noue dans la lecture avec l'écrivain? Pourquoi prendre le risque de devoir mesurer la distance qui sépare souvent la personne et son œuvre? S'agit-il de célébrer le génie avec la fierté de celui qui a su le reconnaître? De découvrir l'émulsion qui fait danser les mots avec la joie du nouvel initié? Les envies se croisent dans un besoin confus mais déterminé, tout simple, de prolonger le plaisir de lecture.

Alors forcément, on les prend en plein cœur les mots que lancent les écrivains dans la nuit. D'autant plus que l'on ne pouvait pas s'attendre à ces déclarations d'égarement. A Lyon, chaque écrivain invité lit en public le texte qu'il a spécialement écrit pour l'occasion sur le thème précis de la table ronde. Hélène Cixous, diaphane dans son écharpe vert absinthe, Peter Esterhazy, tout en cheveux, Daniel Mendelsohn, retenu à New York parce que malade mais présent par audioconférence, et Dinaw Mengestu, lumière séraphique dans les yeux, s'élancent et nous parlent. Le secret et la quête des origines, tel est le sujet. Très vite, il s'agit de moi, de toi, de nous tous. Parce que la Française, le Hongrois, l'Américain et le Somalien, avec leurs nuances et leur humour propre, nous disent qu'ils sont à genoux devant la vie. Devant la page blanche, devant les lettres du clavier qui tourbillonnent devant leurs yeux, ils combattent l'oubli, la pesanteur, l'effacement. Ils appellent le multiple qu'ils démultiplient encore dans l'espoir fou de détailler tous les possibles.

C'est Hélène Cixous qui a commencé de sa voix douce. Dans son style en arabesques émotives, on visualise la mère, condensé de vie, si âgée pourtant, toujours prête à parler haricots verts. Et puis la tombe du père en Algérie. Hélène Cixous se tient devant. On sent la terre rouge, elle ne le dit pas la couleur mais on la voit. On goûte le soleil qui tape. «Les morts n'ont jamais dit leur dernier mot. Il ne tient qu'à moi que le dialogue continue.» Et puis à la volée des questions du public, elle glisse que l'important c'est bien de devenir plus humain et que pour cela il faut des outils de mémoire qui nous permettent d'accroître nos points de vue. Devenir plus humain. Alors, c'est cela. Le but de cette réunion étrange. Hélène Cixous, ne t'arrête pas de parler. Que le silence ne t'absorbe pas. Que les mots, les tiens, les nôtres, conjurent encore le mauvais sort.