Tout comme ce personnage de Molière versificateur à son insu, j’ai découvert l’été passé que je pratiquais, sans le savoir, un art japonais nommé «tsundoku»: l’art de constituer des piles de livres encore à lire, d’ouvrages en attente; l’art de créer de petits amoncellements de promesses dans tous les coins de mon appartement. Il faisait beau, il faisait chaud, les librairies étaient ouvertes. Une envie de papier et de lecture m’avait saisie, et mes empilages ont pris belle allure. Ils sont encore montés avec la rentrée littéraire.

Le tsundoku est un art éphémère. Ces assemblages ont leur vie. Ils diminuent au fil des lectures ou se défont faute de place, face aux nécessités du rangement… Il faut alors trouver aux livres désormais lus, suffisamment parcourus, ou finalement relégués, une place en bibliothèque ou ailleurs. Le tsundoku ne se conçoit pas sans renouvellement.