Cinéma

Sempé: «Dessiner est un métier de fou»

A travers des centaines de dessins subtils, il a exprimé la dérisoire aspiration au sublime qui soulève cet insecte qu’est l’être humain. Il a créé le Petit Nicolas, qui fête ses 60 ans. Et son album «Raoul Taburin» est adapté au cinéma. L’illustre dessinateur d’humour a reçu «Le Temps» dans son atelier parisien

Le trait est d’une délicatesse de dentelle, parfois relevé d’une touche d’aquarelle vaporeuse. La matière de ces dessins semble puisée à même les nuages qui passent, les merveilleux nuages. On y voit des nuées d’enfants turbulents, de grands envols de feuilles mortes, la sévère verticalité des villes, de vastes ondulations végétales, de tout petits bourgeois qui se rêvent en grands fauves, de vastes boulevards que la pluie détrempe, des avenues new-yorkaises profondes comme des canyons infestés de fourmis… C’est, reconnaissable entre tous, l’univers de Sempé.

Cela fait plus de soixante ans que le dessinateur traduit les petits riens de la vie en vertiges métaphysiques et, inversement, ramène les grandes questions existentielles à leur dérisoire dimension humaine. L’humour jaillit du choc thermique entre l’immense et le minuscule, le sublime et le ridicule. Il est toujours tendre, car si Sempé a l’art d’épingler les travers des gens, jamais il ne juge ni ne condamne ces peintres du dimanche qui se prennent pour Van Gogh ou ces pêcheurs en rivière qui pensent à Moby Dick. Il a créé un personnage de petit bonhomme rondouillard avec chapeau et moustache à qui, peu ou prou, nous ressemblons tous moralement.