Le Septembre musical de Montreux-Vevey a-t-il déniché la perle rare? Tobias Richter, nouveau directeur du festival, fils du célèbre chef d'orchestre et organiste Karl Richter, se montre optimiste. Malgré un budget financier modeste, ce Zurichois, né en 1953, «se réjouit» de redorer le blason d'une manifestation qui a connu bien des turpitudes.

L'ère de Christian Chorier (l'ex-Montreux Voice & Music Festival) est révolue. Depuis trois ans, une équipe constituée autour de François Margot et du chef bâlois Karl Anton Rickenbacher, s'est démenée pour cimenter le festival sur d'autres bases. Baptisé Septembre musical, doté d'une nouvelle structure juridique, le festival a évacué la musique vocale et les instruments d'époque pour revenir à sa vocation première: le répertoire symphonique et la musique de chambre. Les affiches, bâties avec les moyens du bord, ont assuré sa pérennité. Mais pas son plein succès.

Attachement au bassin lémanique

Pourquoi Tobias Richter? Pourquoi lui, alors que 19 candidats étaient en lice et qu'il s'est présenté en dernière minute? Le métier, tout d'abord. Tobias Richter dirige depuis neuf ans la Deutsche Oper am Rhein à Düsseldorf et Duisbourg. Les affinités, ensuite. «Son attachement au bassin lémanique – il habite sur les hauts de Rolle – et son ouverture internationale sont autant d'atouts complémentaires», explique François Margot, président du Conseil de fondation. La sensibilité artistique, enfin. «Tobias Richter est en contact avec la culture allemande. Nous souhaitions un changement après deux directeurs français.»

Bien que né à Zurich, le nouveau directeur revendique ses «racines» romandes. «Peu de gens savent que j'ai ma maison près du lac depuis plus de trente ans. J'ai toujours rêvé de faire un festival dans la région.» Echafauder des programmations, gérer l'administration d'un théâtre: l'homme n'est pas exactement un novice. «J'ai la plus grande troupe d'opéra en Allemagne: 70 chanteurs fixes, 350 spectacles par an répartis dans deux salles, l'une à Düsseldorf, l'autre à Duisbourg.» Tobias Richter ne quittera pas ses fonctions en Allemagne.

«Ce ne sera pas un festival lyrique, affirme-t-il. L'Auditorium Stravinski a été conçu pour le répertoire symphonique du XIXe siècle et du début du XXe siècle.» Il espère que, sous son impulsion, cette salle pourra reconquérir son aura internationale. Le Théâtre de Vevey – pour les récitals et la musique de chambre – et le château de Chillon – pour la musique ancienne – sont d'autres mines qu'il se réjouit d'exploiter.

Avec un budget d'un peu moins d'un million de francs, le Septembre musical ne roule pourtant pas sur l'or. «J'essaierai de faire la cour aux mécènes romands qui vont régulièrement à Bayreuth et Salzbourg», ironise Tobias Richter. Pour l'heure, l'homme doit faire vite: concocter une programmation pour l'été 2005, en espérant que dès 2006, les lignes du futur festival seront tracées.