«Baril de poudre» a fait l'objet d'une immense attention du public en Serbie, mais aussi en Macédoine, en Slovénie et dans les autres pays de l'ex-Yougoslavie. Les critiques à Belgrade ont reflété cette attention. L'hebdomadaire belgradois Vreme (Le Temps) a estimé que «la dernière phrase du film – «A la nôtre!» [littéralement: «Soyons vivants et en bonne santé!»] – est le sommet du cynisme». L'acteur Nikola Ristanovski, l'un des protagonistes du film, a dit dans l'hebdomadaire qu'il s'agissait d'une «phrase-phénomène, qu'on ne comprend nulle part sauf dans les Balkans. L'Homo balcanicus est capable de voir l'aspect comique dans les plus grandes tragédies. C'est pourquoi je crois que c'est la phrase la plus cruelle du film, et qu'elle doit être le couronnement de tout ce qu'on a vu à l'écran jusqu'à présent.»

Autre hebdomadaire indépendant, NIN a jugé le film comme «un grand événement provocateur». «On se voit dans Baril de poudre de tout près, comme dans un miroir.» Dans une interview à NIN, le réalisateur déclare: «C'est un film qui, avant tout, concerne les Belgradois. Il y a eu beaucoup de films sur la décomposition de la Yougoslavie […]. Pourtant, peu de gens ont parlé de ce qui s'était passé ici. D'autre part, nous sommes présentés dans le monde comme un peuple de tueurs. Ça me gêne beaucoup, mais je dois dire que nous sommes nous-mêmes aussi responsables de cela. Et Paskaljevic d'ajouter que sa propre génération est «coupable, parce qu'elle n'a rien dit, parce qu'elle les a laissé faire tout ce qu'ils nous ont fait». Une semaine plus tard, NIN a publié une nouvelle critique, sous la plume de Zika Bogdanovic, jugeant le film «efficace, mais sombre». Bogdanovic estime que «le vrai malheur n'était pas l'explosion d'un baril de poudre, mais le fait que, tout autour de nous, il y avait beaucoup de barils similaires qui, le jour où nous nous réveillerons de ce cauchemar, nous attendront, déjà allumés, dans une sombre réalité».

«Le film de Paskaljevic est une œuvre d'une dramaturgie surprenante et d'une perception profonde et critique de notre réalité, affectée par les sanctions internationales et d'autres troubles», écrivait pour sa part le quotidien pro-gouvernemental Politika. «Il nous confronte à une analyse amère de notre mentalité souffrante, qui, de l'euphorie des bistrots et du mythe du «peuple céleste» [qualification des Serbes, censée remonter à des paroles du prince Lazar lors de la bataille du Champ des Merles, en 1389, ndlr], peut tomber jusqu'à l'autodestruction et le tragique règlement de comptes avec nos proches», concluait Politika.