Quand on voit Sergei Babayan enseigner, on se dit qu’on aimerait bien être son élève. Empathique, bienveillant, quoique très exigeant, il encourage à jouer dix fois de suite le même passage de dix manières différentes. C’est un alchimiste du piano: caresser les touches, faire surgir le son, oser varier les couleurs au-delà des conventions. Etre soi-même, en somme. Depuis quelques années, le pianiste arménien – professeur très recherché au Curtis Institute de Cleveland, mentor du phénomène russe Daniil Trifonov – a rejoint la famille des stars du Verbier Festival. Son jeu est prodigieusement délicat et nuancé, à l’image de sa voix, chaleureuse, mélodieuse.

Son enfance, il l’a passée à Gyumri, alors sous régime soviétique. «Je suis né en Arménie. J’ai grandi avec trois sœurs au sein d’une famille où j’étais le petit dernier. Il s’est passé un drame familial, à savoir que j’avais un frère aîné – que je n’ai jamais connu – mort tragiquement à l’âge de 4 ans. Ma mère ne voulait plus d’enfants, et voilà que je suis venu au monde. Je suis arrivé comme un cadeau!»