RTS

La série «Station Horizon», une Amérique fantasmée en Valais

Le nouveau feuilleton de la RTS évoque une communauté des grands espaces. Un souffle de «Sons of Anarchy» sur la plaine du Rhône. Ses deux créateurs expliquent leur démarche plutôt originale

Ils le disent sans ambages: ils veulent de l’audience. Pour une «série d’auteurs». Contradiction? Non, assurent Pierre-Adrian Irlé et Romain Graf. Ces deux trentenaires ont créé, coécrit avec Léo Maillard, produit et réalisé la nouvelle série de la RTS, Station Horizon , dévoilée samedi soir.

Pierre-Adrian Irlé raconte: «La RTS juge que la case du samedi soir doit rassembler. On s’est demandé ce qui marche le mieux: entre autres, c’est Passe-moi les jumelles, et une émission de téléréalité sur des Suisses de l’étranger. De l’évasion, avec un côté suisse…» Puis les compères ont pensé aux photos de Yann Gross, artiste qui a exploré le Valais des motards et des passionnés de country – créateur, d’ailleurs, de l’appellation Horizonville. Le programme de Station Horizon est posé. Sept épisodes de 48 minutes qui ne manquent pas d’originalité dans l’offre de la TV publique romande. Et dont les auteurs eux-mêmes attendent qu’ils «touchent le plus de personnes possible».

La série se déroule dans la fictive Horizonville, en Valais. Elle repose en partie sur le personnage de Joris, le comédien belge Bernard Yerlès, qui sort de prison en liberté conditionnelle – au reste, son agent est joué par Marc Donnet-Monay. Il rejoint son frère Charly (Gaspard Boesch), qui tient la station-service et le motel de cette bourgade des grands espaces.

Leur père est mort et, surtout, la rivalité entre les clans Fragnière et Héritier va faire rage: tout à son nouveau projet immobilier, l’affairiste Raymond Héritier (Roland Vouilloz) veut acheter la station-service. Divers conflits agitent ce collectif fourni, que le spectateur découvre en partie grâce au regard de Jessy (Marie Fontannaz), une citadine qui a plaqué la ville.

Dans la rumeur et sur les réseaux sociaux, l’attente de Station Horizon semble plutôt soutenue, stimulée par une forte promotion. Les images qui circulent sont révélatrices, et exactes: Station Horizon est bien une histoire située en Valais. Mais dans la plaine, avec des airs d’immensités vertes bordées par les montagnes. Et avec ce souffle d’Amérique, comme un continent vierge sillonné par les motards.

Car il y a aussi motos, vestes en cuir et tatouages. Un relent de Sons of Anarchy le long du Rhône. Même le curé de la bourgade, défroqué (incarné par l’épatant Jean-Marc Morel), porte son perfecto à ses heures. Et pour bien suivre le cliché américain, les spectateurs ont droit au bar avec filles dénudées exerçant leur pole dance devant des hommes causant affaires, avant de se tabasser.

L’Amérique en Suisse, comme le clame de manière tonitruante la RTS? Un certain Valais vivant à l’heure du Wyoming? Oui, mais non. D’abord, les deux auteurs sont presque aussi Valaisans qu’un routier du Colorado. De purs Genevois, pour qui le Valais a été une destination de vacances pendant l’enfance. «Dans les stations», dit Romain Graf. La barbe frétillant lorsque l’on évoque cette question, il veut préciser: «Nous avons voulu nous intéresser à la plaine, montrer qu’il y a des gens, des vies. Mais nous n’avons jamais eu le projet de faire une série régionaliste sur le Valais. Ce que nous voulons mettre en scène, c’est cette communauté de bikers qui rêvent d’ailleurs…».

Pierre-Adrian Irlé prend le relais, souhaitant parler de «valeurs»: «Le rêve américain, les idées de liberté et d’espace…» Ce qui relierait un certain Valais à ces Etats-Unis là. «L’esprit libre, une forme d’isolement mais aussi, une volonté de n’en faire qu’à sa tête.» Et des «sujets de société» que le feuilleton aborde, à sa manière. Romain Graf lâche le mot: «C’est une Amérique fantasmée.» En effet. Vue ainsi, avec cette imagerie d’une mythologie de métal, de benzine et de Zippo, Station Horizon a son charme, patiné.

Le fantasme, ça se travaille. La patine aussi: le seul travail des costumes et des tatouages a donné lieu à plusieurs «tables rondes», se souviennent les deux créateurs. Ayant fait HEC Paris, Pierre-Adrian Irlé a bifurqué vers l’audiovisuel et réalisé un long-métrage remarqué, All That Remains. Romain Graf a étudié à l’Institut des arts de diffusion, à Louvain-la-Neuve. Jump Cut, leur société, s’est illustrée en 2014 avec Breaks Up, des séquences pour le Web.

Avec Station Horizon, le changement d’échelle est considérable. D’autant que le duo cumule les rôles, avec aussi la responsabilité de la production. «C’est schizophrène», sourit Romain Graf. Quand Irlé & Graf scénaristes écrivent une scène de course-poursuite de voitures, Irlé & Graf producteurs ont le ventre serré à l’idée de ce que cela va coûter. Mais ils n’ont rien sacrifié, jurent-ils, pour une série dans les standards de la RTS, environ 650 000 francs l’épisode. Et ces prochains samedis, ils toucheront du bois, valaisan ou pas, pour que le public les suive. Ils songent à une deuxième saison.

«Nous n’avons jamais eu le projet de faire une série régionaliste sur le Valais»

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