Série TV

Avec la série «Trepalium», Arte manque son entrée 
dans la fiction d’anticipation

Montrée dès ce jeudi soir, la série TV «Trepalium» décrit un futur proche où 80% des citoyens sont des inactifs parqués derrière un mur. Une entreprise ambitieuse, qui trébuche par la lourdeur du ton

Dans la nouvelle série d’Arte, le futur est froid. Même en paroles. Les personnages de Trepalium s’expriment le plus souvent sur un ton glacial, avec une constante retenue, sauf quand certains d’entre eux se trouvent dans une urgence particulière. Le proche avenir que dépeint Trepalium semble fonctionner grâce à une distance perpétuelle de l’expression et des affects, une surpression apparente des émotions. Principe logique, au fond, s’agissant d’une fiction qui veut décrire un sombre futur. Avec de bonnes intentions, pour un piètre résultat.

Trepalium se situe donc dans un futur que l’on devine presque immédiat. L’Europe, en particulier ce qui semble être la prochaine France, s’est enfoncée dans la crise. A l’extrême, la société étant désormais composée de 20% d’actifs et 80% de chômeurs. La séparation des classes est devenue drastique: les inactifs sont parqués dans la Zone, derrière un immense mur. Une loterie permet à quelques rares chanceux de pouvoir migrer vers un sud hypothétique, où règnerait un quasi plein-emploi. La Zone alimente toutes les hantises de la Ville, d’autant qu’un ministre a été enlevé par des militants. Pour le faire libérer, la première ministre a accepté de créer des milliers d’emplois pour une infime partie des déshérités.

Des résonances avec le présent

Il est question d’«emplois solidarité». On le voit, cette série créée par Sophie Hiet (venue du creuset Plus belle la vie) et Antarès Bassis joue pleinement de la résonance avec la situation actuelle: la crise du travail, accrue par les prédictions catastrophistes d’augures qui annoncent la destruction massive d’emplois à cause des robots. Bien sûr, en maniant le crayon noir de la fiction.

Les auteurs bâtissent une contre-utopie, une dystopie, chargée de souligner les faillites du présent. En littérature – évidemment, l’incontournable 1984 vient à l’esprit – comme en cinéma, le genre est déjà riche. Faisant la promotion de son travail, le réalisateur Vincent Lannoo (Au Nom du fils) malaxe les influences: Brazil, Hunger Games ou Bienvenue à Gattaca, sans oublier les architectures de Le Corbusier et Oscar Niemeyer. Jusqu’ici peu exploré en séries TV, le registre occupe la récente Black Mirror, qui explore nos futurs technologiques.

A l'origine, une audace d'Arte

Sans conteste, la démarche qui a conduit à ces six épisodes a son audace. Arte parle d’un «thriller d’anticipation ambitieux servi par un casting de prestige», dont Aurélien Recoing et Charles Berling. La chaîne culturelle organise habilement sa communication, en déployant Trepalium sur la Toile, jusqu’à proposer une avant-série, une préquelle, sous forme d’un journal intime sonore autour de la construction du mur.Dès le premier épisode, contexte et propos sont posés.

Dans ce qui fait office d’école au milieu de la Zone, un professeur disserte autour du mot «trepalium», désignation latine d’un instrument de torture qui a donné le mot «travail». Doit-on avoir un travail pour avoir le droit d’être un être humain, demande l’enseignant?La scène résume le pari de la série, et sa lourdeur. Les épisodes sont tissés de sous-intrigues judicieuses, ainsi cet ingénieur qui, à peine son supérieur terrassé par une attaque, postule pour une promotion. Ou le devenir des bénéficiaires des emplois solidarité, de fait désœuvrés au cœur même de la Ville.

Une pesante démonstration

Mais au final, l’exercice a la maladresse de ses ambitions. A viser si large dans l’anticipation, à l’exposer de façon tellement littérale, à vouloir tant insister sur le propos qui submerge personnages et intrigue, la série innovante d’Arte tourne vite à la démonstration pesante, trop insistante. La chaîne franco-allemande avait eu fin nez en acquérant la suédoise Real Humans, qui posait de nombreuses questions sur les relations futures entre robots et humains, tout en ménageant un large espace au thriller – peut-être un peu trop large, pouvait-on remarquer. Trepalium procède à l’envers, en voulant empiler les interrogations ouvertes par le postulat, en les étalant. Une anticipation qui se souligne trop elle-même.


Trepalium. Arte, les jeudi 11 et 18 février, 20h55, trois épisodes par soir. La série est déjà sortie en DVD chez Arte Vidéo.

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