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Anna Friel incarne Marcella, policière torturée.
© Netflix

fiction TV

Série TV: Marcella, sombre reine du suspense

La deuxième saison de la série policière «Marcella» a été mise en ligne. A la plume, Hans Rosenfeldt, le créateur de «The Bridge», qui s’impose comme un orfèvre en personnages féminins complexes, et un maître du thriller

Le scénariste Hans Rosenfeldt se distingue ces dernières années avec ses personnages féminins tortueux, voire torturés. Dans Bron/Broen (The Bridge), dont la quatrième et ultime saison a été diffusée cet hiver, l’enquêtrice Saga Norén a traumatisé ses partenaires, et ses téléspectateurs, par son caractère obsessionnel. Grâce à cet entêtement autiste, première fliquette atteinte du syndrome d’Asperger, elle est devenue mondialement connue. Avec la Londonienne Marcella, la situation empire. Celle-ci est sujette à des black-out, des moments d’absence de lucidité durant lesquels elle peut se montrer violente, par exemple à l’égard de son mari, qui la quitte.

Les deux actrices qui portent ces héroïnes n’ont rien en commun, sauf un détail: leur démarche. Sofia Helin (Saga) comme Anna Friel (Marcella) ont choisi de faire marcher leurs personnages d’une manière un peu foutraque, presque en tous sens, comme si la tête seule emmenait le corps vers l’avant.

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Une policière elle-même suspecte

S’agissant de Marcella, les affaires commençaient fort mal en première saison, puisque la policière, de retour aux affaires pour de nouveaux crimes peut-être commis dans le sillage de vieilles affaires, devenait elle-même suspecte. Lors de l’un de ses épisodes d’absence, aurait-elle tué la maîtresse de son époux? La tension du premier chapitre reposait en partie sur cette crainte.

Dans la deuxième livraison, mise en ligne il y a quelques jours par Netflix, il est questions d’enfants. Comment on peut les protéger, comment on en abuse. Le corps d’un écolier est retrouvé, dans une mise en scène précise. L’enquête va tourner autour de la maltraitance, tandis que d’autres jeunes disparaissent. En parallèle, il est question d’exploitation de mineurs dans une usine, tandis que Marcella elle-même fait face à des complications croissantes avec ses propres enfants, qui la rejettent. Et elle ne parvient toujours pas à résoudre le mystère du trauma initial, lors de la mort de sa fillette.

Des héroïnes uniques

La richesse de ces personnages centraux, ces femmes de force et de faille, fascine toujours dans les créations d’Hans Rosenfeldt. D’autant plus que ces protagonistes sont insérés dans des fictions d’une exceptionnelle densité. Bron/Broen a déjà estomaqué les amateurs par son suspense tenu. Reprise par d’autres, alors que le créateur suédois s’en est allé à Londres – il a conçu Marcella avec Nicola Larder mais écrit presque tout –, The Bridge est restée d’une haute qualité et a pu survivre au départ de Kim Bodnia, qui interprétait le bonhomme collègue de Saga.

A ce sujet: «The Bridge» saison 3, comment survivre au départ 
d’un acteur

Marcella perd la dimension sociale qui imprégnait les drames du pont suédo-danois, dans lequel il était question de militantisme anticapitaliste ou d’écologisme radical. A Londres, le scénariste ne s’avance pas trop à propos du monde qui l’entoure, il se concentre sur le thriller. A un point assez fou: la première saison de Marcella a parfois coupé le souffle des curieux, avec ses chocs en cours d’épisodes (comme le meurtre par voiture de la témoin clé), ses passages littéralement haletants suivis d’autres arcs narratifs qui ne relâchent pas vraiment la pression.

Une tension permanente

Chez Hans Rosenfeldt, on donne ouvertement dans la surenchère de suspense: nulle perte de temps, nul détour dans ces intrigues. On peut déplorer des effets de mise en scène parfois trop spectaculaires, quand image et musique maximisent à outrance la suspension du souffle. Mais la virtuosité de l’auteur à densifier ses épisodes, à multiplier les pistes sans jamais sortir des lignes, confère à ses produits une indéniable qualité.

La deuxième saison de Marcella ne détonne pas, conservant cette tension permanente, fascinante. Et les tourments du rôle-titre épaississent le drame. Sans conteste, Hans Rosenfeldt n’est pas seulement un fabricant de femmes complexes, il s’impose comme le maître du thriller dans l’Europe actuelle des séries.


En vidéo: notre retour sur l'origine des séries.

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