génériques

Les séries du Nord et leur génie musical

En diffusion ces temps sur Arte et RTS Un, «The Killing» et «Bron/Broen» innovent par un choix audacieux dans l’usage de la musique. Celle-ci devient un élément répétitif, et structurant, du récit

Puisqu’Arte s’est enfin décidée à montrer la troisième et dernière saison de Forbrydelsen (The Killing), depuis jeudi soir, voici que les séries du Nord retrouvent une forte visibilité en ce début d’été. Il s’y ajoute l’excellente Bron/Broen (The Bridge), sur la RTS (LT du 21.06.2014).

Passé le registre policier et l’atmosphère nocturne, les deux séries ont peu en commun, chacune ayant sa tonalité propre. En revanche, elles se rejoignent par un talent particulier, même unique, dans l’usage de la musique. The Killing, l’originale, a vite frappé par ce thème rythmique entêtant qui monte progressivement à la fin de chaque épisode. Les réalisateurs opèrent alors une tournée des protagonistes et des différents milieux traversés par le drame, tandis que les notes synthétiques du compositeur Frans Bak gagnent peu à peu en volume, jusqu’à former la trame du générique final.

Dans Bron/Broen, le jeu musical est encore plus sophistiqué. Les premières mesures du très beau morceau «Hollow Talk» , de Choir of Young Believers (dans l’album This is for the White in your Eyes), constituent le générique d’ouverture, après une préséquence. Dans la première saison, un instant de rupture de la chanson est calé sur la sortie des crédits, formant un jalon sonore pour le début de la scène suivante. Durant la deuxième saison, le générique étant plus long, il le conclut. Puis, à chaque fin d’épisode, revoici «Hollow Talk». Cette fois, c’est la partie instrumentale, plus tonitruante, qui lance les crédits finaux.

Ces choix rigoureux, et répétitifs, étonnent dans un genre, le feuilleton, où le principe voudrait au contraire que l’on surprenne le spectateur potentiellement blasé au moyen d’innovations constantes, mêmes musicales. Ce que font les Américains. Au demeurant, la version de The Killing greffée à Seattle reprenait une partie des compositions de Frans Bak, mais pas le crescendo final.

Gadgets, gimmicks de réalisateurs? Pas seulement. Ce recours aux thèmes sonores structure le récit, lui donne son cadre, son entrée et sa sortie. L’oreille, comme l’œil, sait que l’on retrouve le pont, que l’on va quitter Sarah Lund. Et ces beaux moments mettent en avant la musique, ingrédient déterminant du feuilleton.

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