Le personnage d’Anna (qu’interprète Maria Rich) est l’un des plus passionnants que l’on puisse rencontrer dans les séries ces temps. Anna est l’employée senior de la filiale de quartier d’une banque danoise. Elle est censée prendre la direction de l’antenne, mais on lui préfère une plus jeune, en la posant, elle, dans un rôle de mentor, au féminin. Gratifiant et frustrant. Dans son couple, Anna contemple les plis des yeux de son homme, ces yeux qui, désormais, ne font que la voir, sans plus la regarder.

Dans son portefeuille, Anna constate l’irruption d’un client intrigant, qui place son argent soi-disant issu d’un bar à smoothies en le répartissant entre des enseignes douteuses. Nicky (Esben Smed) est en réalité un jeune caïd du trafic de cannabis à Copenhague. Il est traqué par Alf (Thomas Hwan), policier qui coule par ailleurs dans sa vie privée…

Découvrez  notre guide interactif des séries

Un sommet

Ainsi se posent les éléments de la troisième saison de Bedrag, «tromperie, fraude», qui a pour titre international Follow the Money et est parfois appelée en France Les Initiés. Dans sa troisième saison, le feuilleton atteint un sommet dans la chronique économico-sociale. Ce chapitre 3 est proposé sous le titre Dos au mur en ce moment par Arte, chez qui on parle d’un «réel coup de cœur pour cette saison, qui peut très bien se voir de manière autonome». Ce qui est vrai: mais les fans les plus mordus remonteront le fil. La série a été éditée en DVD par Arrow Films, avec sous-titres anglais.

Trois saisons pour un excellent projet

Au début en 2016, Bedrag, créée par Jeppe Gjervig Gram (qui avait œuvré sur Borgen), a proposé une première saison magistrale, un thriller économique captivant. Le corps d’un ouvrier ukrainien est retrouvé au pied d’une éolienne au Danemark. Les policiers – il y avait déjà Alf, mais aussi la vedette danoise Thomas Bo Larsen, vu dans nombre de films et séries – enquêtent sur un accident de travail, et débouchent une vaste machination financière de la part d’une entreprise verte, donc bien vue.

Pour les amateurs, Bedrag I a représenté un choc. La tension personnelle et économique est dépeinte avec une pulsation comparable à Bad Banks, par exemple. Il y a eu une saison 2, qui d’ailleurs plonge dans le monde bancaire. Structurée sur des conflits entre protagonistes qui n’ont pas l’ampleur de la première volée, elle a constitué un moment creux, même si le niveau reste élevé.

«Bedrag III», puissante

Et voici Bedrag III, extraordinaire dissection de la manière dont des commerces illégaux, bannis par la société, pourchassés par les autorités, prennent leurs sujets au corps et aspirent les esprits. Les logiques de Nicky comme d’Anna sont implacables, c’est le propos de ce chapitre.

La proposition de parallélisme tient du colossal, mais on peut soutenir qu’il y a un souffle de The Wire dans Bedrag. A travers ce projet, de plonger, par saisons, dans des milieux précis et d’en explorer les pressions sur les individus. On peut même ouvrir un débat sur le déterminisme social peut-être exacerbé dans ces séries, où les protagonistes manquent assurément de liberté personnelle. C’est sans conteste ainsi que Bedrag III s’impose comme une fiction majeure.


«Dos au mur» («Bedrag. Follow the Money»). Saison 3 sur Arte.tv et l’app Arte jusqu’au 31 mai.


Les séries conseillées précédemment: