Culture

Les séries qui redonnent espoir

Chez les amateurs de séries, fustiger la médiocrité des productions

Chez les amateurs de séries, fustiger la médiocrité des productions françaises est devenu une seconde nature. Il faudra pourtant se mettre à jour: si le secteur connaît une crise d'identité sans précédent, une certaine relève, talentueuse, est là.

Encore faut-il la voir, et que les diffuseurs aient envie de la promouvoir: Ondes de choc, par exemple, a été liquidée par France 3 en deux samedis soir, sans grande publicité. Hormis L'Humanité et Le Parisien/Aujourd'hui en France, la presse nationale n'a d'ailleurs pas pipé mot de cette brillante mini-série de six épisodes inspirée par l'explosion, en septembre 2001, de l'usine AZF à Toulouse. Ecrite par Cristina Arellano, Sylvie Coquart et Pierre-Yves Lebert, l'histoire est découpée selon le point de vue de six personnages concernés par la catastrophe. Reprenant dans chaque épisode des scènes entières, dont l'accident traumatique, ce suspense d'une grande intensité s'offre même l'audace de ne pas se conclure par une accusation précise, laissant ouvertes la douleur et le non-sens d'un fichu hasard.

Toujours sur France 3, Tropiques amers (en DVD) a eu droit à davantage d'attention, puisqu'elle était montrée lors de la deuxième célébration de l'abolition de l'esclavage. Il fallait un certain courage à ses créatrices, la productrice Elizabeth Arnac, la scénariste Virginie Brac, l'historienne Myriam Cottias, ainsi qu'au réalisateur - Martiniquais - Jean-Claude Barny, pour aborder de manière si frontale l'esclavage en Martinique à la veille de la Révolution française.

La même chaîne pourrait encore ravir les amateurs avec Les Oubliées, thriller d'apparence rude avec Jacques Gamblin, à voir au début 2008. France 2, elle, mise beaucoup sur L'Ecole de la vie, bientôt à l'antenne. Imaginé notamment par Daniel Cohen, une figure du milieu des scénaristes français, le feuilleton narre la vie ordinaire d'une école primaire.

A côté du service public, Canal+ constitue l'autre pôle de compétences. Son innovation la plus faible, Sécurité intérieure (en DVD) lorgne du côté de l'anglaise MI: 5. Nettement plus convaincante malgré son titre nunuche, Engrenages, aussi publiée en DVD, offre le meilleur ravalement du polar TV depuis longtemps. Réellement choral, trempant à la fois dans les milieux de la police et de la justice, le feuilleton lancé par Guy-Patrick Sainderichin - débarqué depuis par les producteurs - change la manière dont on regarde une série policière française.

Conçue par Olivier Kohn et Alban Guitteny, Reporters (en DVD, LT du 8.09.07) offre quant à elle un regard parfois un peu romantique sur le journalisme, mais une belle galerie de personnages cabossés et attachants.

La chaîne de Vivendi ne va pas s'arrêter là. Ces prochains mois, elle risque de marquer le paysage avec deux opérations d'envergure. D'abord, une fiction des banlieues, démarrant avec la libération d'un homme qui avait tué un policier et qui, en prison, s'est converti à l'islam. La Commune est due à un débutant, Abdel Raouf Dafri, et comptera d'abord huit épisodes. Le mot renvoie à une cité comme aiment les décrire les journaux télévisés, barres de HLM lépreuses et promiscuité culturelle explosive. Assez brouillon, le pilote laisse toutefois augurer d'un ton sans complaisance, quoique assez porté sur le thriller. Le feuilleton a déjà son site internet, http://www.lacommune.fr.

Scalp, quant à elle, explore le milieu de la finance en partant du suicide d'un trader. Le montage promotionnel suscite une certaine impatience, à vérifier. Au moins, l'originalité du milieu choisi en fera l'une des attractions de la saison.

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