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Des séries TV à découvrir au Festival de Genève

Le Festival du film de Genève, qui commence ce vendredi, garde sa vocation de tête chercheuse en matière de séries TV de par le monde. D’Israël à l’Estonie, une sélection

En matière de séries, le Geneva International Film Festival (GIFF) commence par frustrer. Des projections d’un seul épisode par série, c’est court. Même si l’industrie n’est pas, ou plus, dans une logique du premier épisode, le pilote, qui épate la planète avant d’être suivi de chapitres toujours plus médiocres, il reste difficile d’apprécier un feuilleton sur la seule base de son ouverture. Certains festivals en proposent deux, ce qui est plus juste.

Le GIFF propose donc une série d’échantillons, qui peuvent se consommer en butinant çà et là, comme pour humer l’air des séries télé de par le monde. L’ouverture internationale du festival reste en effet son atout majeur en la matière. Face à la large palette genevoise, quelques pistes.

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«Autonomies» (Israël)

La vitalité de la production israélienne n’est plus à prouver, mais cette année, le pays s’illustre avec, notamment, Autonomies. Le postulat même laisse deviner le culot de l’entreprise: ce feuilleton créé par Ori Elon raconte un avenir proche dans lequel Israël aurait explosé. Jérusalem est aux mains des ultraorthodoxes, Tel-Aviv, des laïques.

Pour permettre de comprendre, on résume rapidement ici les deux premiers épisodes. L’intrigue repose sur deux axes majeurs. D’abord, l’histoire d’un couple exilé à Marseille, qui apprend que sa fille, qui passait pour morte, aurait été sauvée à l’hôpital et aurait été envoyée en zone libre. L’histoire devient drame national et avive les tensions entre les religieux et les laïcs. Une juge va devoir rendre un verdict entre les deux camps. Le premier ministre des laïcs teint un discours haineux qui n’a guère à envier à la virulence des croyants. En parallèle, on suit le parcours d’un croque-mort qui profite de la situation en passant films pornos et viande de porc dans son corbillard quand il va à Jérusalem. Une autre manière d’incarner, de manière puissante, les déchirures d’une nation.

A noter que le GIFF montre une autre audace israélienne, Harem, les destins de deux sœurs dont l’une vit avec un gourou aux vingt concubines.

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«Die Protokollantin» («The Typist», Allemagne)

Un brillant thriller allemand. Freya est greffière à la police criminelle. Ses journées sont faites de procès-verbaux de crimes en tous genres. Dans sa vie privée, elle cherche sa fille, violée et qui passe pour morte. Freya reste convaincue qu’elle est vivante, elle suspecte un homme qu’elle a croisé dans ses activités à la police. La créatrice Nina Grosse façonne un beau personnage féminin, entre l’austérité sévère de son univers professionnel et sa foi maternelle, qui pose la question de la justice personnelle.

«Pank» («The Bank», Estonie)

Le Mur est tombé, et l’argent a coulé à flots. L’Estonie des années 1990 est racontée dans cette étonnante fiction d’Eero Epner et Tarmo Jüristo, sur le flanc de la finance. On suit les débuts d’un jeune homme découvert par hasard dans la station-service où il végète en son petit job («on y a des saucisses gratuites») par une associée de banque, laquelle décèle son talent de calculateur hors pair. Il se retrouve à la NordBank, l’établissement qui monte. Très vite: le communisme a été bien oublié. Il faut s’engouffrer dans tous les circuits des marchés financiers, créer des fonds en urgence, inventer des produits, et avant tout gagner le plus rapidement possible. Avec sa tranche d’histoire majeure autant que son ambiance techno et boîtes de nuit aux danseuses à tête de renne, cette série se révèle hautement prometteuse.

«Il miracolo» (Italie)

On ne compte plus les séries, ni les projets, qui tournent autour de la mafia, et qui vont déferler ces prochains mois sur nos écrans. Il miracolo a pour elle une curieuse imbrication entre le religieux et le mafieux. Un corps est découvert dans des catacombes à côté d’une statue de la Vierge qui ne cesse de saigner. Dès lors, l’enquête oscille entre plongée dans les clans crapuleux et mysticisme douteux. L’un des auteurs, Niccolo Ammaniti, défendra le projet.

«Save Me» (Corée du Sud)

Le long pilote, complexe, d’une grosse heure, donne une image encore un peu floue de l’entreprise. Mais, sans conteste, Save Me, dont l’équipe sera en partie présente, ouvre une intéressante fenêtre sur la Corée du Sud, et sur une thématique délicate: les communautés évangéliques qui y fleurissent. Tout commence par une famille qui tente de déménager à Séoul, mais dont le père s’est fait avoir dans l’opération immobilière. Ils errent, usent de refuges dans des salles de gym, avant de tomber sur un groupe d’admirateurs d’un sage, ou prétendu tel. Les adorateurs du «puissant nouveau ciel» témoignent de guérisons miraculeuses et autres grands gestes du Puissant. Leur maître, lui, tâte longuement la cuisse de la fille lorsque la famille vient chercher abri…

«Liberty» (Danemark)

Une étonnante série sur le néocolonialisme, celui qui s’appuie sur le business et se couvre parfois de bonnes intentions. En Tanzanie, dans les années 1980, deux entreprises sont dirigées par un Danois et un Suédois. Le premier a toujours quelques idéaux, et veut développer une coopérative de coton qui libérerait les producteurs locaux des griffes de racketteurs locaux. Le second exploite une usine en profitant outrageusement de la coopération suédoise. Une histoire tout à fait originale.

Mais encore…

Le GIFF accueillera la première de la nouvelle série phare de la RTS, Double vie, créée par le Belge Bruno Deville, histoire de deux épouses qui se découvrent liées par le même mari – après sa mort… Le festival montre aussi un aperçu de la nouvelle fiction de Michel Gondry avec Jim Carrey, fable sur un animateur d’émissions pour enfants qui a le blues, ainsi que la première série de Stephen Frears. Il présente en outre l’un des feuilletons les plus réalistes du moment, Faits divers, venu du Québec. Les amateurs ne manqueront pas non plus Fenix, histoire de guerre entre clans roms en Flandre, fiction TV d’une construction tout à fait originale.


Geneva International Film Festival. Du 2 au 10 novembre. Pass séries, projections pour l’essentiel à la Maison communale de Plainpalais (Pitoëff).

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