Le festival offre une sélection de feuilletons marqués par un amer lien au passé

La nostalgie, sous toutes ses formes. Un rapport trouble au passé ou aux espoirs lointains, voilà ce qui relie de manière étonnante les extraits de séries TV présentées par Cinéma tous écrans, à Genève. Le festival offre une sélection toujours modeste, mais ouverte aux airs du monde.

Plongée dans un passé aussi drôle qu'horrifiant, sur le plan intérieur, c'est le propos de Matthew Graham. Ce géant rigolard est tombé dans la BBC à 19 ans et n'en est pas ressorti. En 2006, avec Life on Mars, il bousculait le paysage britannique: la série raconte comment un jeune policier victime d'un accident de voiture se retrouve dans les années 70: voyage dans le temps? Coma? Ou bien, était-il mort? A Genève, voici le pilote de Ashes to Ashes, série dérivée. Là, c'est une psychologue de la police qui reçoit - semble-t-il - une balle dans la tête... et se réveille dans les années 80. Plus délurés, Matthew Graham et son équipe sortent l'artillerie musicale d'époque et les coiffures fluo tout en jouant sur le contraste avec le trouble psychique de leur héroïne. Tous écrans présente en outre le pilote de l'adaptation américaine de Life on Mars, qui démarre aux Etats-Unis.

Venue du Brésil, Antonia détourne les codes de la série musicale. Il est question d'un girls band. Mais avec finesse, et une écriture originale, les auteurs situent leurs starlettes après les années de succès: l'une a eu un enfant, l'autre sort à peine de prison, toutes vivotent en tentant de relancer la machine à succès... En Suède, on évoque aussi la musique dans le téléfilm Upp till Kamp, retour en noir-blanc sur les rêves de liberté des années 60.

Une sélection de séries aujourd'hui ne serait rien sans une production du Québec, et Etoiles filantes joue également la nostalgie à plein: on y suit l'attachant Jacques, ancien rockeur devenu prof de maths, bousculé par l'arrivée d'un ancien ami. Mélancolie rare pour une fiction de TV. Ton rare aussi pour Fortunes, le pilote de 90 minutes d'une série envisagée par Arte, ou quand les fils d'immigrés du Maghreb confrontent leurs vies, bâties en France, aux regrets du bled exprimés par leurs parents, lesquels tentent d'arranger encore quelques mariages.

Walter White, lui, se situe plutôt au bout de sa vie, il est le héros de Breaking Bad, création de Vince Gilligan, un ancien de X-Files. Prof de chimie et laveur de voitures, Walter apprend qu'il a un cancer et se met à produire des drogues de synthèse pour améliorer ses revenus. Démarrage en trombe pour une fiction des plus prometteuses.

Enfin, en Corée, on explore l'histoire nationale depuis plusieurs années à travers des feuilletons fictions épiques. Tous écrans prend le contrepoint avec House of Splendor, ou les intrigues d'un bordel d'une époque révolue. Cet objet hors catégorie, érotisant et policier, prouve que la fiction télé aime désormais rejeter les carcans, tout en réinvestissant le passé à sa manière.

Projection des séries jusqu'à samedi soir. Rens. http://www.cinema-tous-ecrans.ch