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Image tirée de la série Vikings, diffusée sur la chaine câblée HBO.
© History

séries TV

Les séries TV ravivent la flamme pour l’Histoire

«Game of Thrones» fascine avec son univers médiéval-fantastique, «Vikings» passionne avec ses Nordiques hipsters. Plébiscitées par le public, ces séries TV qui s’inspirent du passé peuvent-elles donner aux nouvelles générations le goût de l’Histoire?

Un succès couru d’avance. A Genève, la journée Game of Thrones organisée lundi par la Maison de l’histoire et Le Temps devrait aisément remplir le vaste auditoire d’Uni Bastions. Il y a trois ans, la venue au Festival international du film fantastique de Neuchâtel (NIFFF) de George R. R. Martin, père de la saga du Trône de fer, avait déjà attiré les foules.

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Quand il ne massacre pas ses personnages sur papier, l’écrivain à la casquette clame haut et fort son goût pour l’Histoire, la grande, citant notamment Les Rois maudits de Maurice Druon. Avec son univers «médiéval-fantastique», la série Game of Thrones symbolise l’engouement du public pour les séries s’inspirant, directement ou indirectement, du passé. Cet été, pour la septième saison, la RTS a capté 100 000 fidèles romands, 10% de plus par rapport à la précédente. Entre les deux saisons, le visionnement à la demande a bondi de 16 000 à 30 000 démarrages des vidéos. Sans parler évidemment du piratage.

Autre bulldozer de la culture populaire, Vikings a dépassé sur History les quatre millions de téléspectateurs à travers le monde. Début décembre, la chaîne câblée dévoilera Knightfall, saga médiévale à gros budget sur les croisades. L’appétit pour les séries historiques ne s’arrête pas aux combats en armure. Ces dernières années, il y eut la brillante Rome, puis des variations sur les Borgias. Avec The Crown retraçant le règne d’Elisabeth II, Netflix dépense 12 millions de francs par épisode, preuve que la plateforme américaine croit au genre. Les auteurs s’emparent aussi de l’Histoire immédiate comme la Guerre froide dans The Americans ou Deutschland 83.

Impact sur la vente de livres

En Suisse romande, les librairies ont vu la curiosité des lecteurs s’aiguiser au fil de la diffusion des séries. Les romans de fantasy s’inspirant du Moyen Age sont évidemment très à la mode. «Beaucoup de jeunes accros à Game of Thrones souhaitent découvrir d’autres récits qui parlent de capes et d’épées. Nous en avons dans nos rayons, et ça fait un carton», note Carlos Fernandez de la Librairie du Boulevard, à Carouge. 

Mais par capillarité, les livres d’histoire purs et durs bénéficient des succès du petit écran. «A la suite de la série Vikings, j’ai enrichi l’assortiment sur ce thème. Nous avons vendu énormément d’ouvrages, et ils continuent de partir régulièrement», se félicite Xavier Huberson, responsable du rayon histoire à Payot Rive Gauche. «Lorsqu’une série est ancrée dans une période précise, cela donne envie aux gens d’approfondir leurs connaissances historiques mais aussi de démêler la fiction de la réalité», poursuit le libraire, qui imagine créer un jour un rayon dédié.

On voit bien les parallèles, les Huns derrière les Dothraki, les Vikings au nord, les Byzantins au sud, et la richesse des cités italiennes clairement évoquée

Un «produit d’appel»

Les historiens saluent eux aussi cette appétence pour le passé raconté sur petits écrans. Nicolas Meylan, chargé de cours à l’unité d’histoire des religions à l’Université de Genève et habitué des colloques en petit comité, se souvient d’une conférence portant sur Game of Thrones il y a deux ans. «Elle avait réuni 200 personnes. Je n’avais jamais vu autant de monde. J’imagine que les étudiants étaient contents de m’entendre parler de choses qui les touchaient un peu plus personnellement.»

L’historien neuchâtelois Daniel Jaquet a vu lui aussi un «gonflement des effectifs» dans les amphis. «Tous les médiévistes surfent sur la vague. La série est devenue un produit d’appel.» Maître assistant à l’Université de Lausanne, Roberto Biolzi y puise de la matière pour son cours sur la guerre au Moyen Age, pour «aborder les alliances matrimoniales, ou les stratégies guerrières». «Cela parle aux étudiants. Et George R. R. Martin revendique de réelles inspirations dans l’époque médiévale.»

L’influence de la fiction sur les étudiants demeure un phénomène complexe. L’école des sciences criminelles de l’Université de Lausanne constitue cependant un précédent intéressant. Dans les années 2000, le triomphe écrasant des Experts, soit les aventures d’une équipe de policiers scientifiques, a vraiment suscité des vocations en criminologie et en médecine. Durant l’année 2005-2006, l’école lausannoise enregistrait un pic historique de ses inscriptions, même si les nouveaux venus confiaient avoir un vague intérêt pour la matière auparavant.

La question du réalisme historique

Les universitaires se méfient toutefois de l’utilisation de Game of Thrones comme «produit d’appel». Le médiéviste Daniel Jaquet refuse de consacrer à la série un cours entier. «Une fois qu’on a aguiché le chaland, on fait quoi derrière? Moi, je veux continuer à étudier le combat médiéval. Et ça, c’est pas la même chose que le combat façon Game of Thrones

A lire: L’implacable mécanique des auteurs de «Game of Thrones»

Les créateurs de séries sont eux aussi de grands amateurs d’Histoire, et très fiers du réalisme de leurs œuvres. Au Geneva International Film Festival (GIFF), alors encore nommé Tous Ecrans, Michael Hirst, père de Vikings, disait pis que pendre de Game of Thrones et se targuait du travail de recherche et du réalisme de sa série, soucieuse de traquer au plus juste les destins de ses conquérants nordiques.

Sauf que… «Vikings mélange bien des personnages historiques et des périodes», lance, critique, Roberto Biolzi. A l’inverse, Game of Thrones a davantage de références solides: «On voit bien les parallèles, les Huns derrière les Dothraki, les Vikings au nord, les Byzantins au sud, et la richesse des cités italiennes clairement évoquée.» Mais alors, quid de la dimension fantastique? «L’association des dragons au Moyen Age est une réalité culturelle depuis le XIXe siècle. Il y a là un imaginaire collectif puissant.» Un imaginaire que Game of Thrones ragaillardit pour les nouvelles générations du XXIe siècle.


Daniel Jaquet, un historien en armure

Comme tous les enfants, il se rêvait en chevalier. Mais lui l’a fait. Daniel Jaquet, 36 ans, médiateur culturel au château de Morges et ses musées depuis mars 2017 est un passionné des combats au Moyen Age. Il n’est donc pas rare de le croiser en armure dans les environs du château, les colloques et même lors de la Course de l’Escalade.

Dans une démarche d’archéologie expérimentale, le médiéviste s’est fait construire une réplique d’armure du XVe siècle sur mesure pour comprendre le «comportement mécanique» de l’équipement, à savoir les limitations en termes de mobilité. Pour des mouvements simples du quotidien, marche ou course, ses tests en laboratoire montrent une limitation très faible de mobilité pour un individu en armure par rapport à un individu sans armure, à peine 2,48 degrés d’amplitude. La limitation est beaucoup plus importante (20 degrés) lorsqu’il s’agit de mouvements articulaires. Daniel Jaquet en a tiré des enseignements sur le lien entre le design des armures et les techniques de combat développées à l’époque.

Il se livre également à des simulations de combats, ce qui lui permet de commenter et d’analyser en connaisseur Game of Thrones. La célèbre scène où la Vipère de Dorne transperce l’armure de La Montagne lors du duel judiciaire? «Irréaliste! C’est impossible de passer à travers la plaque principale d’une armure comme celle-là. Ce n’est pas seulement une question de résistance de l’acier mais aussi le fait que l’armure offre peu de surface plane.»

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