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Sur le tournage de Quartier des banques.
© Jay LOUVION

fiction tv

Dans les séries TV romandes, la lente quête d’une politique des auteurs

Alors que l’Europe change sa manière de faire des séries, «Anomalia» ou «Quartier des banques» ont été fabriquées, en partie, selon les nouvelles pratiques. Dans la chaîne, le scénariste reste néanmoins marginal

Dans un monde de l’audiovisuel en plein chambardement, avec la montée en puissance des acteurs du web, la fiction TV acquiert un poids croissant dans la culture populaire. Et dans ce contexte, le scénariste prend de l’ampleur. Nous y consacrons une série d’articles.

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Dans la fabrication de séries TV en Suisse romande, arrive-t-on ces jours à l’âge des auteurs? Pas si vite, rétorquent deux scénaristes. Pilar Anguita-MacKay (Anomalia) note: «Je ne pense pas que les scénaristes ont acquis une place centrale dans la création télévisuelle suisse. On parle plus des scénaristes parce qu’on en a davantage besoin.»

Stéphane Mitchell (Quartier des banques) renchérit: «Le niveau de connaissances des téléspectateurs augmente. Donc le besoin de spécialistes de l’écriture – des scénaristes et des coaches – se fait ressentir, et souvent les auteurs de départ sont rejoints par des scénaristes. Mais la reconnaissance des scénaristes n’est pas encore au rendez-vous.»

A propos d’Anomalia: Série de mystères en Gruyère

Une évolution européenne

Cahin-caha, la Suisse romande évolue comme d’autres pays européens. Longtemps, les fictions TV étaient produites à l’interne, par des gens issus des divertissements de la chaîne publique, ou qui fédéraient des talents de la place. En parallèle, la RTS investissait chaque année dans des téléfilms à héros récurrents (comme L’Instit), avec à la clé une diffusion en primeur pour la Suisse et, parfois, un épisode tourné dans la région. Cette logique, très huilée dans ce cas, perdure en Suisse alémanique avec la toujours populaire Tatort, dans laquelle la SRF met ses billes avec les Allemands et les Autrichiens.

Ce modèle fonctionnait s’il s’agissait de produire des sitcoms, imaginées et tournées dans les locaux des chaînes, ou des séries-téléfilms qui, sur le principe français, reposaient sur le réalisateur, seul maître à bord – une imitation du cinéma qui a donné à l’art télévisuel un nombre incalculable de séries médiocres, et ce n’est pas fini.

Le cas danois

En Europe, l’un des pays qui s’est remis en cause le plus rapidement, et en profondeur, est le Danemark, déjà riche d’une tradition de sagas historiques. Il s’est inspiré, sans le copier, du dispositif américain, dans lequel, en principe, le créateur de la série est aussi son scénariste en chef, avec des prérogatives étendues: c’est le «showrunner». Façonnant une procédure locale – qui, en fait, a abouti à renforcer encore le statut du scénariste –, la chaîne publique danoise DR a bousculé sa manière de faire, et placé l’auteur principal au centre du projet. L’énorme succès de la première série produite selon cette nouvelle manière, Forbrydelsen (The Killing), a attiré l’attention des diffuseurs de tout le continent – et même des Anglais.

Notre reportage à Copenhague en 2013: Dans le creuset des séries danoises

En Suisse romande, la RTS a changé sa pratique. Il y a dix ans, le diffuseur public, qui domine totalement le marché local, a instauré un système de concours à projets pour les séries. Dès lors, les scénaristes, qui doivent présenter les grands axes d’une saison – un programme plus copieux qu’un long-métrage –, prennent une place plus importante. Pilar Anguita-MacKay précise: «Le seul et véritable créateur des séries est le scénariste. Jamais le producteur ne pourra prendre sa place, comme certains en ont la prétention. Tout simplement parce que l’écriture de séries, l’équivalent de cinq-six longs-métrages par saison, ne peut s’improviser…»

La schizophrénie de la RTS

Stéphane Mitchell analyse son propre paysage: «La RTS oscille entre deux tendances: des envies fortes de séries d’auteur comme A livre ouvert, Anomalia ou Port d’attache à la base, et la nécessité de produire plus vite, avec une dramaturgie plus claire pour une audience de grand public, l’exigence du prime time, avec en plus, en vue, la compétition internationale…»

Sur «Quartier des banques»: Les coffres-forts ont leur saga familiale

S’agissant des séries, sur le chemin d’une nouvelle «politique des auteurs» – qui ne serait justement pas celle des réalisateurs –, la Suisse romande semble ainsi rater la dernière marche, celle qui, peut-être, est la plus déstabilisante pour le système mis en place jusqu’ici. Pilar Anguita-MacKay détaille: «Le jour où le scénariste gardera ses droits sur les textes et donnera une option de production au producteur, ce qui se fait au Danemark ou en Belgique flamande, les séries suisses prendront vraiment leur envol.»

La série comme un «prototype»

Stéphane Mitchell a son idée: «Soyons honnêtes, ce qui manque chez nous, ce sont des auteurs-scénaristes, c’est-à-dire le fameux «showrunner». Mais nous n’avons ni les moyens financiers, ni la culture pour aller jusque-là – sur le plateau, le réalisateur reste au sommet du projet.»

L’auteur de Quartier des banques, plus gros succès de série pour la RTS, veut toutefois rassurer: «Chaque série est un nouveau prototype, nous apprenons en faisant.»

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