Série TV

«La servante écarlate»: un retour encore plus noir

La célèbre série dystopique est de retour pour une saison 2 qui choisit de dévoiler les rouages d’un glissement vers le totalitarisme religieux. Les trois premiers épisodes se révèlent prenants et pétrifiants

C’est sans contexte la série qui a marqué l’année 2017. Parce qu’elle a raflé huit Emmy Awards en septembre dernier, mais surtout parce qu’elle a estomaqué les téléspectateurs, leur laissant dans la bouche un goût doux-amer dont il est difficile de se défaire.

The Handmaid’s Tale, ou La Servante Écarlate en français, adaptation du roman éponyme de l'auteure canadienne Margaret Atwood, est un vrai coup de poing télévisuel. Sans ménagement, la série nous plongeait, au printemps dernier, dans une version dystopique des États-Unis qu’un régime totalitaire, basé sur le fondamentalisme religieux, a renversé.

Proclamé République de Gilead, le pays garanti désormais tous les pouvoirs aux hommes et réduit les femmes à la servitude. Celles-ci sont réparties en catégories, aux rôles et tenues clairement définis: les Épouses, en bleu, assistent leurs maris; les Marthas, en gris, travaillent comme bonnes ou cuisinières; tandis que les Servantes, sortes d’esclaves sexuels en cape rouge sang et cornette immaculée, sont destinées à concevoir et porter les enfants de l’élite.

Vent de rebellion

Débarquée sur les écrans via la plateforme vidéo Hulu, la série fait rapidement grand bruit et le timing de sa sortie n’y est pas pour rien: l’Amérique gronde alors sous la tempête #MeToo, portant les questions de discrimination de genre et d'agressions sexuelles sur le devant de la scène. À tel point que l’uniforme de la Servante, qui leur fait écho, sera régulièrement arboré par les manifestants lors de rassemblements anti-Trump.

Un vent de rébellion qui a aussi soufflé sur la saison 1 de la fiction TV. Dans le dernier épisode, June, Servante et personnage central de la série (interprétée par Elizabeth Moss), refuse l'ordre de lapider l'une de ses semblables. Enceinte d'une relation clandestine avec Nick, le chauffeur de ses nouveaux maîtres, celle que ces derniers ont baptisée Offred est embarquée dans un van, à destination d'une punition certaine. Ou de son exécution.

Une fin qui correspond également à celle du roman d’Atwood, laissant à Bruce Miller, producteur de la série, le champ libre pour imaginer la suite. Dévoilés dès la fin avril, les premiers épisodes de la saison 2, disponibles en Suisse sur la chaîne et l’app OCS via l’abonnement au bouquet Teleclub (ainsi que l'intégralité de la première saison), sont encore plus noirs et glaçants que prévu.

République omnisciente

À commencer par cette première scène, insoutenable, qui voit les Servantes récalcitrantes emmenées à l'échafaud dans un stade de baseball envahi par la végétation, gémissant sous les masques qui leur mangent le visage. Ce ne sera finalement qu'un avertissement, mais le ton est donné: Gilead punira tout acte de résistance, en particulier collectif, par la terreur et l'humiliation.

La maternité tient un rôle prépondérant dans cette nouvelle saison. Dans sa condition de femme enceinte, June est protégée par le système qui glorifie la natalité, mais l'idée de donner la vie dans cette prison de torture et d'injustice, vie qu'elle devra fatalement abandonner, l'horrifie. Tout comme l'absence de sa première fille, placée dans une autre famille et qu'elle ne peut se résoudre à abandonner.

Malgré tout, June est obsédée par la liberté et prête à tout tenter pour regagner le Canada, terre refuge de son mari et son amie Moira où les mouvements de résistance s'organisent peu à peu. Jusqu'à se couper un morceau d'oreille pour se débarrasser de cet anneau trahissant son statut de Servante.

June touchera même ce rêve du bout des doigts...mais le téléspectateur ne le sait que trop bien: la République de Gilead est omnisciente et ses yeux sont partout, une impression angoissante que viennent renforcer des prises de vue plongeantes et des plans rapprochés sur les grands yeux écarquillés d'Elizabeth Moss, épatante en Servante révoltée. Son combat désespéré nous happe et si le rythme est parfois inégal, on ne peut souvent qu'attendre, fébriles, que quelque chose se produise. En prévoyant le pire.

Glissement dans l'horreur

Dans ces premiers épisodes, on découvre aussi les Colonies, ces camps de travail forcé où les Servante du bas de l'échelle déblaient des déchets radioactifs, sous les coups de sifflet et dans des conditions plus qu'insalubres.

Mais surtout, la saison 2 revient, par bribes, sur les étapes du glissement vers le totalitarisme. À travers les souvenirs de June, on découvre avec effroi les signes avant-coureurs de ce qui deviendra finalement un coup d'Etat, un peu comme on relirait l'histoire politique allemande des années 1930.

De l'interventionnisme du corps médical, qui se met à demander l'accord des conjoints pour toute ordonnance de contraception, aux licenciements d'universitaires homosexuels en passant par le musellement de la presse, illustré par les locaux vides et ensanglantés du Boston Globe: on comprend vite que ces abus, pernicieux, n'ont à l'époque fait réagir personne. Ou alors trop tard. 

Un constat pétrifiant, et un semblant de réponse à la question du «comment en est-on arrivé là?» qui résonne, parfois presque grossièrement, avec le monde réel. Et que June résume, fataliste: «Porte ta robe rouge, ta cornette, tais-toi, sois une bonne fille...On s'accommode tellement bien des murs, ça ne prend même pas beaucoup de temps. C'est la pression qui nous tient en place. Que se passera-t-il si j'en sors?» 

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