Un feu d’artifice que 500 spectatrices et spectateurs applaudissent debout. Dans la foulée de Sister Act qui a déjà créé l’événement il y a deux ans, le Théâtre Barnabé, à Servion, remet le couvert festif avec Hollywood, une comédie musicale pétaradante qui, durant plus de deux heures, célèbre et taquine en même temps les icônes du cinéma américain. Quatorze mille billets ont déjà été vendus pour voir défiler James Bond, Jack Sparrow, Pretty Woman et autres héros du genre – au total 100 personnages ou acteurs mythiques sont évoqués! –, et des supplémentaires sont prévues au-delà du 19 février.

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Les raisons de ce succès alors que, partout ailleurs, la scène déplore la frilosité du public? «Même si la situation était tendue en raison de la pandémie, j’ai choisi de ne pas réduire la voilure, répond Noam Perakis, directeur du Théâtre Barnabé et metteur en scène de l’aventure. Chaque soir, 13 comédiens, huit musiciens et sept techniciens sont sur le pont pour assurer un spectacle digne de Broadway! Je pense que c’est cette générosité et notre approche humoristique qui ont fait exploser le bouche-à-oreille.»

Tourbillon permanent

De fait, l’enthousiasme est mérité. Changeant jusqu’à dix fois de costumes, les comédiens et comédiennes jouent, dansent et chantent avec une vraie dextérité et les décors, en dur ou en images projetées, relèvent du blast visuel. Tout va très vite au royaume de Noam Perakis et, dans ce tourbillon permanent où l’on croise aussi bien Rhett Butler que Dumbledore, la Petite Sirène ou Freddy Krueger, on n’aurait pas boudé un ou deux tableaux moins secoués. «C’est vrai que le rythme est soutenu, admet le directeur», lui-même en scène.

«Deux raisons à ce choix: d’une part, on s’est calqués sur le côté vibrionnant des musicals anglo-saxons et des films hollywoodiens et, d’autre part, comme la proposition est copieuse, on a redouté qu’un tableau plus lent ne crée un temps mort fatal au spectacle», renseigne encore celui qui signe le livret avec sa compagne Céline Rey et le comédien Julien Opoix, également présents sur le plateau.

«Mash up» comique

Le livret justement. Comment évoquer un tel géant de l’industrie du cinéma sans tomber dans l’énumération fastidieuse? Les trois auteurs ont parfaitement évité l’écueil en employant la technique du mash up comique. C’est-à-dire le mélange heureux de personnages qui évoluent dans le même milieu. Du côté des flots, par exemple, une des meilleures scènes du spectacle orchestre la rencontre entre Rose du Titanic, affalée sur sa planche et hurlant le nom de «Jack», avec Jack Sparrow imbibé de mauvais rhum et donc lui aussi agrippé à son rafiot. Mais comme ça ne suffisait pas aux boulimiques de la référence, le pirate des Caraïbes dialogue encore avec Wilson, le ballon de volley compagnon de Tom Hanks dans Seul au monde, et assiste, sous le choc, à l’arrivée de la Petite sirène des neiges, un nouveau mash up entre Ariel, la Petite Sirène, et Elsa, la Reine des neiges. Sans oublier, évidemment, la nageoire la plus célèbre du septième art et sa bande-son mythique, emblèmes des Dents de la mer 1, 2, 3, 4, 5…

A propos des films à suite, une autre scène très réussie met en présence James, son nom est Bond, et Le Parrain, en compagnie, et c’est plus insolite, de Rain Man (qui compte les cartes de Poker avec insistance), du héros défoncé de Las Vegas Parano ou encore de l’inoubliable Sharon Stone de Basic Instinct.

Quiz familial

On le voit, cette proposition relève du quiz permanent et quand Jessica Rabbit apparaît dans sa tenue moulante, beaucoup de jeunes soufflent la réponse à leurs parents. Tout le monde ne peut pas être directement reconnaissable comme Mary Poppins ou Doc, le professeur fou de Retour vers le futur! Pour une Marylin à jamais fixée à sa bouche de métro, il y a des milliers de personnages ou d’acteurs qui ne sont pas instantanément identifiables. «A vrai dire, ce sont surtout les icônes féminines qui ont été difficiles à trouver, explique Noam Perakis. Comme on s’est beaucoup inspiré des années 1980-1990, à part Pretty Woman ou Basic Instinct, on a eu de la peine à dégager des figures de femmes qui frappent de suite. Et ce n’est pas le plus tardif Seigneur des Anneaux qui a beaucoup aidé en la matière…», sourit le metteur en scène.

Et voilà encore une scène qui a fait sensation samedi soir! Le choc au sommet entre la Communauté de l’Anneau – dans laquelle Noam Perakis compose le nain Gimli au péril de ses genoux – et les petits génies têtes à claque de Harry Potter. Dès lors, le sage à barbe est tour à tour Dumbledore, Gandalf… et le Père Fouras, de Fort Boyard, façon de montrer qu’en matière de sagesse, une barbe fait la blague.

Jeux vidéo à la manœuvre

Vous avez la tête qui tourne? C’est normal. On l’a dit, le spectacle ne s’arrête jamais. Et encore, vous n’avez pas l’image. Pour des raisons évidentes de rapidité d’enchaînements, le metteur en scène a recouru à un système d’écran incurvé de 10 mètres de large (beaucoup utilisé à Hollywood, mais en format géant) sur lequel sont projetées des images de synthèse qui semblent sortir de jeux vidéo. C’est particulièrement bluffant pour la réplique du désert de Monument Valley qui sert de support à la séquence des westerns, ou le survol de paysages par un avion de chasse de la Navy pour introduire la scène (hot) de Top Guns.

«Avec trois vidéastes, on a de fait recouru à un moteur de jeux vidéo pour composer ces images en mouvement. Ce qui est fou, c’est qu’on peut tout programmer. Les moindres mouvements de la caméra, bien sûr, mais aussi la pluie, le soleil, le vent, même le degré d’humidité! Dément!» s’enthousiasme le directeur de Barnabé.

Un R2-D2 à l’identique

Et comme Noam Perakis est un grand enfant, il a consacré son confinement à réaliser une réplique de… R2-D2 grâce à une imprimante 3D, réplique qu’on retrouve bien sûr dans Hollywood. «C’est ma grande fierté! Mille heures d’impression, 500 heures de montage pour obtenir le même robot, au boulon près, que celui qui s’illustre dans Star Wars, grâce à des plans achetés sur internet. Je pense que l’imprimante 3D est l’avenir du décor de théâtre.»

Combien tout cela a-t-il coûté? «Le budget du spectacle est de l’ordre de 600 000 francs, ce qui n’est rien vu le nombre d’artistes et d’artisans impliqués, 50 au total, et le nombre de personnes au plateau. Mais beaucoup de gens nous ont aidés. La société qui fournit les écrans incurvés se trouve à 50 mètres du théâtre et nous les loue pour un prix d’ami tandis que le garage Roverey de Servion a préparé les voitures de Retour vers le futur (la célèbre DeLorean) et des Blues Brothers. Idem pour le dinosaure prêté par DinoWorld, à Servion. Après, notre pari reste risqué, car la billetterie assure 85% du budget. On tremblait pas mal en novembre avant de voir si le spectacle allait décoller…»

Du public de partout

La compagnie Broadway a pu se rassurer: le spectacle a bien décollé et séduit le public qui commente beaucoup, rit, vit le moment avec intensité. «C’est aussi l’effet du Théâtre Barnabé. Ce lieu attire un public très populaire qui vient volontiers de loin. On a constaté qu’une bonne partie des spectateurs habitent le Valais, Genève, Neuchâtel, Fribourg ou la France voisine. Ça nous encourage à continuer à voir grand!»


Hollywood, Théâtre Barnabé, Servion, jusqu’au 19 février – puis prolongations.