Beaux-Arts

Quel sésame pour ouvrir la porte du Petit Palais?

Le musée genevois recèle une vaste collection d’art de la fin du XIXe siècle et de l’Ecole de Paris. Il est fermé depuis douze ans et n’est pas près de rouvrir, alors que ses trésors sont sollicités et voyagent d’une exposition à l’autre

Le Petit Palais, une énigme genevoise

Beaux-arts Le musée recèle une formidable collection d’art de la fin du XIXe siècle et de l’Ecole de Paris

Mais pourquoi est-il fermé depuis douze ans, s’interrogent les amateurs? Enquête sur une maison close

«Petit Palais, musée d’art moderne, fermé jusqu’à prochain avis», annonce un écriteau près de l’entrée principale, flanquée de deux statues monumentales; la dorure de leurs flambeaux semble narguer la pluie incessante de cette fin d’été. Le bel hôtel particulier de style Second Empire paraît désert. On appuie sur la sonnette. Une fenêtre s’ouvre! Apparaît alors le visage d’une jeune femme, la chargée de conservation. «Que devient le Petit Palais? Il est fermé depuis douze ans. Beaucoup de Genevois s’interrogent!» En guise de réponse, Marjorie Klein épelle son adresse électronique et referme la fenêtre.

Même question à Sami Kanaan, maire de la ville de Genève et conseiller administratif en charge de la Culture: «C’est un mystère. Il y a quelque temps, nous avions cherché à collaborer avec le Petit Palais pour que des œuvres du Musée des beaux-arts y soient exposées, pendant la rénovation de celui-ci», explique-t-il. Les services culturels de la Ville imaginaient même une collaboration plus large, comme il en existe déjà avec d’autres musées privés genevois, mais «depuis deux ans, Claude Ghez – le directeur et propriétaire des lieux – n’a donné aucune nouvelle».

Avant sa fermeture, le Petit Palais attirait chaque année entre 20 000 et 30 000 visiteurs venus admirer la vaste collection de tableaux de la fin du XIXe siècle et de l’Ecole de Paris. Une visite qui laissait «un souvenir inoubliable, que ce soit pour le regard d’un chat de Steinlen, pour le caractère feutré de l’accueil ou pour l’idéal affiché d’un art au service de la paix», commentait la journaliste Laurence Chauvy en 1998, au moment de la mort du fondateur du musée.

Oscar Ghez, un industriel juif de la région lyonnaise, avait fait fortune grâce à une entreprise familiale de caoutchouc à son retour des Etats-Unis, où il avait fui pendant la guerre. Passionné d’art, Oscar Ghez ira jusqu’à vendre ses usines de Pont-de-Chéruy pour se consacrer uniquement au mécénat. «J’ai été un collectionneur en naissant, confie-t-il au Journal de Genève en 1993. A 3, 4, 5 ans, je ramassais des coquillages sur la plage, ainsi que des monnaies et des lampes à huile romaines; plus tard j’ai repris la collection de timbres de mon père.»

Roland Ghez, neveu du fondateur en charge du musée entre 2000 et 2005, se souvient: «Oscar achetait énormément! Par camions! Parfois toutes les œuvres d’un atelier... D’ailleurs le musée ne contient qu’une partie de la collection. Oscar avait un fin nez: le fameux Caillebotte Le Pont de l’Europe, il l’a eu pour une bouchée de pain.»

Claude Ghez, le fils du fondateur, a hérité de la collection mais ne l’a pas agrandie. Il vit à New York et occupe un poste de professeur en neurosciences à l’Université Columbia, raison pour laquelle «il n’avait ni le temps ni l’esprit indispensables pour entreprendre les transformations qui étaient nécessaires», s’explique-t-il. En 2002, lui est présenté un plan pour «rafraîchir les installations qui montraient un certain âge», mais il s’est bien vite rendu compte qu’«un travail de rénovation beaucoup plus considérable serait impérativement nécessaire, ne serait-ce que pour adapter le musée aux nouvelles normes», ce qui représenterait «des dépenses énormes». L’avenir du Petit Palais demeure donc incertain. «Ma réflexion concernant le musée est toujours en cours, mais je n’ai toujours pas de projets définitifs», conclut l’héritier. Pour Roland Ghez, il est très probable que les œuvres et le musée seront vendus, ce qui, selon lui, a déjà débuté. Interrogé sur cette hypothèse, Claude Ghez n’a pas souhaité s’exprimer.

Les trésors qui dorment dans le musée – parmi lesquels on notera le Portrait de Berthe Morisot à la voilette de Manet, Le Grand Teddy de Vuillard ou encore L’Aubade de Picasso – quittent parfois leur cimaise. Dès ses origines, le musée s’est montré généreux prêteur, ce qu’il est toujours, malgré sa fermeture. Chaque année, les œuvres de la collection participent à une vingtaine d’expositions en Suisse et dans le monde, détaille Marjorie Klein.

Actuellement, le grand public peut contempler certaines œuvres de la collection à la Fondation Pierre Arnaud à Lens en Valais, au Musée des impressionnismes à Giverny en France, ou encore à la Fondation Gianadda à Martigny.

«Oscar achetait énormément!Par camions! Parfois toutes les œuvres d’un atelier…»

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