Le poche de la semaine

«J’arrive!» Je referme mon portable. Vite, je m’habille. J’attrape mon sac. J’appelle l’ascenseur…»

Genre: Récit
Qui ? Emmanuèle Bernheim
Titre: Tout s’est bien passé
Chez qui ? Folio, 216 p.

«Tout s’est bien passé» d’Emmanuèle Bernheim, Grand Prix des lectrices de ELLE 2014, s’ouvre sur une panique. Départ en vitesse de chez soi, transports publics rebelles, sœur évasive. Course vers l’hôpital. Faut-il vraiment y aller? Le père vient d’avoir un AVC. Et le voilà sur son lit d’hôpital, malade, impérieux, décidé: «Papa m’a demandé de l’aider à en finir», ressasse la narratrice de Tout s’est bien passé. Avec simplicité, elle se demande comment elle va pouvoir répondre au vœu encombrant de son père…

Auteure du Cran d’arrêt, de Sa Femme et de Stallone, entre autres brefs et beaux romans, Emmanuèle Bernheim n’avait pas publié de livre depuis dix ans, lorsque paraît début 2013 ce récit autobiographique. On y retrouve son écriture précise, clinique, mais aussi son ironie. Emmanuèle Bernheim est experte en tensions et en malaises.

Tout s’est bien passé, malgré son titre – qui n’indique que l’issue de l’aventure –, est une succession de crises. Le père veut mourir absolument. Il veut un suicide assisté. Pas évident quand on est Parisien. La loi française ne l’autorise pas. C’est donc en Suisse que se trouve le recours, en Suisse qu’il faut aller pour mourir en paix. C’est vite dit, car rien n’est simple. Un projet aussi grave suscite des oppositions, parfois très violentes. L’intéressé lui-même joue sur plusieurs registres: si on répond avec trop d’empressement à son projet, n’est-ce pas le signe qu’on veut se débarrasser de lui rapidement? A chaque étape, c’est le ­malaise.

Le sujet, l’euthanasie, est redoutable. Emmanuèle Bernheim n’évacue aucune des questions qu’il soulève. Mais elle fabrique un récit plein d’énergie et de suspense, et souvent très drôle.