«Notre seul Nobel n’est pas étudié»

L’œuvre de Camus est quasi absente des programmes scolaires et universitaires algériens. «Notre seul Nobel n’est pas étudié», regrette Afifa Bererhi, qui depuis trente ans enseigne la littérature à l’Université d’Alger. Une omission «politique», pourrait-on croire, afin de sanctionner celui qui ne s’est pas engagé en faveur des indépendantistes et a renvoyé dos à dos le FLN (Front de libération nationale) et les ultras de l’Algérie française.

«Erreur, corrige Afifa Bererhi, l’explication n’est pas idéologique. Le mal est beaucoup plus profond. Nos élèves et étudiants possèdent une méconnaissance totale du français qui les prive du plaisir de découvrir des œuvres littéraires complexes comme celles de Camus, Mohammed Dib ou Rachid Boudjedra.»

Un parler créole

Les Algériens disent que leur pays est rempli «d’analphabètes bilingues». Les deux langues en question sont l’arabe classique, langue officielle du pays, et le français que l’écrivain Kateb Yacine qualifia de «butin de guerre». Mais aucune n’a vraiment été assimilée et la tendance est donc au compromis. Une combinaison peu académique mais qui fait l’unanimité a été adoptée, «un parler créole qui laisse perplexes jusqu’à nos voisins maghrébins», affirment les linguistes.

Engouement de masse

Par ailleurs, il n’existe aucun programme ambitieux de traduction du français vers l’arabe. L’Etranger et La Peste seraient les seuls titres de Camus traduits. «Ainsi nos grands noms deviennent des inconnus et sombrent dans l’indifférence», déplore Afifa Bererhi. L’universitaire se console avec deux ou trois étudiants qui parfois soutiennent des thèses sur Camus.

Un motif de satisfaction quand même: l’engouement d’un public, plutôt jeune, qui depuis quelques mois se déplace en masse aux colloques et débats consacrés à Camus. «Il a fallu attendre près de quarante ans après l’indépendance pour que soit organisée une manifestation sur Camus. Désormais, elles sont courantes, c’est un signe d’apaisement», explique l’universitaire.

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