Michael Kinzer sait la chance qu'a le Fri-Son de surnager brillamment dans cette atmosphère morose. Avec une capacité de 1000 places, le club fribourgeois est le plus vaste de Suisse romande. Il exploite gaillardement cette taille pour programmer les plus grands artistes du rock indépendant, de la dance et de la pop internationale. Si sa situation géographique se révèle cruciale pour rassembler un public potentiel éparpillé entre Genève et Berne, dans tout le Mittelland et sur le bord du bassin lémanique, le principal atout de ce club pas comme les autres réside dans son organisation.

La continuité de son travail de programmation a permis au Fri-Son de développer le meilleur programme musical de Suisse romande: point crucial permettant une fréquentation régulière et la fidélisation d'un public volatile. Au lieu de recommencer à zéro l'apprentissage, à chaque valse des responsables, le Fri-Son a mis sur pied un programme de formation professionnelle inédit en Suisse.

Michael Kinzer: «Avant de reprendre les rênes du club, j'ai suivi un an et demi de formation aux côtés de l'ancien programmateur Marius Kaeser.» Avec 170 soirées par an, dont une bonne soixantaine sont payantes, et une centaine de personnes qui travaillent, dont 70% régulièrement, le fonctionnement de Fri-Son est solide depuis 1993. «Pas moins de cinq personnes ont planché sur ce programme d'apprentissage, explique Michael Kinzer. Je vais bientôt quitter mon poste, mais mon successeur est déjà en formation depuis six mois. En un an et demi, il aura fait le tour de tous les cas de figure difficiles et aura pris les contacts avec tous les agents.»

Apprendre sur le tas semble être la meilleure solution pour un métier du spectacle qui n'est pas du tout reconnu en Suisse. «On a tenté de faire reconnaître le métier de programmateur de club par l'Office fédéral de l'industrie et des arts et métiers, explique Michael Kinzer. Mais ça n'a pas marché. L'idée était de prendre plusieurs jeunes en formation à Fri-Son, pour qu'ils puissent ensuite trouver une place dans une autre institution culturelle.» Ce roulement permettrait de ne pas remettre en cause, chaque deux ans, tout le fonctionnement d'un lieu avec l'arrivée d'une nouvelle équipe. Une solution à étudier sérieusement, mais que l'absence de financement rend impossible pour l'instant. «C'est d'autant plus vital que ces lieux ont une fonction à la fois culturelle et sociale, ajoute Kinzer. Il ne s'agit pas d'une entreprise commerciale. La plupart des associations sont à but non lucratif.» A. Cr.