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Dans le parc du drame.
© JoJo Whilden / Netflix

fiction TV

«Seven Seconds», le sang de la cité

Un policier blesse à mort un ado noir dans une cité riveraine de New York. Proposée par Netflix, cette série due à l’adaptatrice américaine de «The Killing» représente une captivante réussite dans son exploration urbaine

La neige du parc, au bord de la rivière Hudson, est tachée de sang, et au loin trône, dans la brume froide, la statue de la Liberté. C’est sur cette promenade glacée, un matin de neige, que Peter (Beau Knapp), jeune policier blanc, heurte un ado noir sur son vélo. Il est d’abord dans le coma.

Le supérieur du flic débutant couvre celui-ci, avec son équipe rodée aux entourloupes. La mère (Regina King, vue dans The Leftovers et The Big Bang Theory) s’affole tout en ne sachant que faire, qui alerter. Un policier venu d’un autre quartier de la ville est chargé de l’enquête, qu’il va conduire avec KJ, l’adjointe du procureur (Clare-Hope Ashitey).

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Les dealers et les émeutes

L’histoire se passe à Jersey City. Dans la complexe géographie de New York, cette cité se trouve en face de Manhattan. Le parc nommé en raison de la proximité de la statue de la Liberté occupe une bonne partie de son rivage, puis les rues fatiguées se déroulent, arpentées par les dealers et les flics qui, parfois, les pourchassent et les plaquent au mur. La mort de l’adolescent va peu à peu gangrener la ville, avant d’y mettre le feu. Le vieux conflit racial remonte à la surface, et les foules des émeutes gonflent au fil des soirs.

Dix épisodes longs et passionnants

Seven Seconds a été lancée, sans grand fracas, par Netflix il y a quelques jours. Elle compte dix épisodes. En utilisant une formule facile, on pourrait dire qu’elle tient à la fois de The Wire, pour la description de la cité, et de The Shield, à propos des policiers ripoux. Mais la créatrice Veena Sud, qui a porté The Killing du Danemark aux Etats-Unis, trouve son ton. Ici, elle s’inspire d’un film russe, qui reposait sur la stratégie de défense des flics après l’accident, face aux diverses adversités. L’ajout de la dimension raciale, le conducteur blanc contre le cycliste noir, enrichit évidemment le propos, tout en l’inscrivant sur le bitume américain.

En 2009, notre interview de David Simon: «Je veux raconter l’autre Amérique»

L’auteure bénéfice d’une distribution de classe, à commencer par Clare-Hope Ashitey en jeune femme rongée par ses démons. Le personnage de KJ impressionne par sa densité. Au reste, personne n’est caricatural dans cette histoire, pas même le père en croyant vissé à sa foi, ou l’oncle, lui carrément athée, qui se confronte à son frère. Militaire revenu d’Afghanistan, il lance: «Quand je suis là-bas, je suis un héros. Dans les rues de ma ville, j’apparais comme un délinquant. Et je ne suis ni l’un ni l’autre…» Brève parabole d’un pays qui perd ses repères, et dans lequel les lignes de frictions communautaires ne bougent pas d’un iota.

Toutes les strates de la ville

Au fil des jours et des secrets de plus en plus mal gardés, l’investigation autour de la mort de l’adolescent traverse toutes les strates de Jersey City, des bonnes familles avec leurs enfants qui se droguent dans les recoins des stades aux marginaux des faubourgs. La créatrice et ses auteurs veillent à explorer toutes les facettes du drame, dans le contexte de la famille de la victime, au moyen de l’opposition parfois fructueuse entre l’inspecteur désigné et l’adjointe du procureur, tout en passant par les tensions croissantes du commissariat. Ceci pour aboutir, de manière bien américaine, dans la salle du tribunal, lieu de toutes les failles du système.

Seven Seconds n’est pas une chronique sociale en soi. Mais la manière brillante dont elle scanne cette vie urbaine, sa précision à passer d’une communauté à l’autre, en gardant une constante acuité, et le brio de ses acteurs en font déjà une œuvre majeure de l’année dans le domaine des séries.


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