Avec tout le battage créé autour de ses scènes de sexe non simulé, la réalisatrice française Catherine Breillat a forcément planté sa graine dans l'esprit d'autres cinéastes dits «art et essai». Bonne influence lorsqu'elle inspire Intimacy à Patrice Chéreau, la conquête de ce tabou s'avère catastrophique dans le cas de 9 Songs. L'Anglais Michael Winterbottom, touche-à-tout qui enchaîne les films au lieu de les réfléchir, tricote un méli-mélo de 69 minutes où une étudiante américaine et un baroudeur anglais passionné d'Antarctique s'amourachent quelques semaines. Avant le retour de la Belle en sa vertueuse mère patrie.

Armé d'une caméra numérique qui vomit les couleurs en plans éloignés et révèle surtout les impuretés de la peau en gros plans, Winterbottom filme neuf scènes d'amour alternées avec neuf scènes de concerts londoniens (Franz Ferdinand, Dandy Warhols, etc.). D'évolution psychologique, aucune. De beauté du geste, pas davantage. Tout entier concentré dans sa pose snobinarde héritée de Breillat, le cinéaste fait son courageux en enregistrant sexe tendu, poils et reflets de sueur. Margo Stilley et Kieran O'Brien, le couple de comédiens cobayes, hésitent entre la performance sportive et le naturalisme à la Cassavetes. Forcément perdus et cheveux gras, ils ne mènent qu'à une envie: voir un vrai film porno où, en plus d'admirer de temps en temps des corps soignés, le scénario, même le plus malingre, paraîtra forcément plus épais.

9 Songs, de Michael Winterbottom (GB 2005), avec Margo Stilley, Kieran O'Brien.